ANALYSES

Mali, la France doit-elle passer la main ?

Presse
1 février 2022
« Nous assistons à la fin d’une séquence entre la France et le Mali, celle qui a commencé par l’opération Serval en 2013. Reçue comme libératrice, la France n’est plus aujourd’hui la bienvenue. Elle va devoir en tirer des leçons, d’autant que son calendrier présidentiel l’oblige à trouver des réponses pour éviter que le Mali ne devienne son Afghanistan.

À ce stade, il est très probable que l’Élysée annonce le retrait des forces françaises compte tenu de l’expulsion de son ambassadeur, de celui du contingent danois venu renforcer la force européenne Takuba sur fond d’accusations récurrentes d’« abandon en plein vol », de remise en cause du traité de défense et de sécurité. Car il y a un risque, désormais, que ce départ soit formulé par la junte, ce qui serait le pire des camouflets pour Emmanuel Macron. Si la France annonce son départ, elle choisit la moins mauvaise des options pour son image. On peut même penser que cette détérioration des relations avec Bamako l’arrange politiquement : elle y trouve une justification pour quitter le bourbier malien. On sait qu’elle y songe depuis longtemps mais qu’elle voulait éviter que cela apparaisse comme une victoire des djihadistes et que cette décision soit considérée comme unilatérale, ce dont auraient peu goûté ses partenaires européens. L’affaire danoise permet aux différents acteurs de tenir un même discours : rester mais « pas à n’importe quel prix ».

Sur le plan militaire, ce départ sera long. Les Français sont encore présents dans trois bases, dont celle de Gao qui s’étend sur 15 hectares ! Il leur faudra un an minimum pour démonter et quitter cette emprise. Toutefois, le scénario de leur départ est d’autant plus probable que le Niger est prêt à les accueillir.

Avec le Niger, la France peut encore compter sur la Mauritanie et le Tchad dans cette région. Donc, son histoire n’est pas terminée au Sahel. Même si, effectivement, ses relations avec le Mali sont compromises pour un moment au profit d’acteurs qui font leur grand retour comme la Russie. Il est évident que l’arrivée de Moscou dans la sous-région a changé la donne géopolitique. Ce qui n’est pas favorable pour Paris.

On peut, enfin, penser que cette crise avec le Mali sera peut-être l’occasion pour l’exécutif français de prendre conscience que sa manière de faire et d’être en Afrique n’est plus possible ! Son rejet est très ancré dans l’opinion publique de l’Afrique francophone : le rôle de la Russie dans cette désaffection n’en est pas la seule cause. Sa condescendance, son incohérence, sa verticalité, l’infantilisation dans laquelle elle maintient ses interlocuteurs africains ne sont plus admis par les nouvelles générations africaines. La France n’est pas chez elle en Afrique. »
Sur la même thématique