ANALYSES

Attentat à Kaboul : « Cette attaque rebat les cartes en faveur des talibans dans l’optique d’un moindre mal »

Presse
27 août 2021
Interview de Karim Pakzad - 20 minutes
Cet attentat change-t-il la donne en Afghanistan ?

Ce que l’attentat démontre, c’est avant tout que la situation est encore loin d’être stabilisée en Afghanistan. Les talibans sont certes entrés à Kaboul, mais n’ont pas encore mis en place leur gouvernement, ils sont encore en pleines tractations et négociations avec leurs adversaires politiques de l’ancien régime en place, et ont probablement des divergences au sein de leur propre mouvement pour savoir comment gouverner et quel groupe va gouverner.

Si on ajoute à cela l’afflux de dizaine de milliers de personnes vers l’aéroport, tout était réuni pour un attentat. D’ailleurs, l’attentat était évoqué par de nombreux services de renseignement plusieurs jours avant qu’il ne survienne, il n’est vraiment pas une surprise, et ne change pas beaucoup la situation, il est surtout une conséquence de la situation.

Comment cet attentat va influencer les puissances étrangères, très présentes en Afghanistan ?

C’est un élément important de calcul pour les puissances étrangères qui veulent discuter avec les talibans, cet attentat montre que Daesh ou l’Etat Islamique n’est pas loin et peut profiter du vide et de l’instabilité de l’Afghanistan pour réapparaître. On l’a vu avec des tas de pays arabes, comme le Yémen, la Syrie ou la Libye, quand il y a du vide et de l’instabilité, les extrémistes s’engouffrent.

Du coup, avec cet attentat, il y a désormais l’idée que c’est soit les talibans soit Daesh qui dirigera l’Afghanistan, ce qui rebat les cartes en faveur des talibans dans l’optique d’un moindre mal. Les puissances étrangères qui ont directement cherché à parler avec les talibans, comme la Russie, la Chine ou l’Iran, sont confirmées dans leur choix, et cela va peut-être changer le discours des autres puissances. On voit déjà que le président américain Joe Biden, dans sa conférence après l’attentat, qui a évoqué les talibans comme un rempart contre Daesh.

Ne risque-t-il pas d’y avoir d’autres attentats ?

Oui, il y aura probablement d’autres attentats, car la situation va rester encore instable et fragile en Afghanistan, avec le retrait définitif des puissances étrangères bientôt et le fait que les talibans essaient de faire un gouvernement inclusif avec d’autres partis, ce qui va prendre nécessairement du temps. Tant que l’Afghanistan sera instable, elle sera la cible des terroristes et des extrémistes, qui voudront s’engouffrer dans cette brèche. Si les talibans sont renforcés à l’international par cet attentat, ils doivent maintenant montrer leur capacité à gérer la situation interne. Car ensuite, c’est un cercle vicieux : plus il y a d’attentats, plus la situation devient instable, plus il y a d’attentats.

 

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas pour 20 minutes.
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