ANALYSES

En Israël, l’extrême droite hostile au processus de paix

Presse
26 mai 2021


Au terme de sanglants combats, une trêve a été trouvée entre le Hamas et Israël. A-t-elle une chance de tenir ?

Oui, elle peut tenir parce que les combattants et les protagonistes peuvent dire qu’ils ont obtenu ce qu’ils voulaient. Netanyahu peut revendiquer d’avoir porté des coups terribles au Hamas et le Hamas peut revendiquer d’avoir fait plier Israël et d’être apparu comme le meilleur défenseur de la cause palestinienne et de Jérusalem. Si rien n’est fait en termes de processus de paix réel, rien ne sera réglé. C’est une trêve bienvenue parce qu’elle met fin à des bombardements mais dans la mesure où il n’y a aucune perspective de paix pour les Palestiniens, la crise surviendra à nouveau un jour ou l’autre.

Une solution à deux États est-elle encore viable ?

On peut se poser la question du fait du grignotage des territoires palestiniens par la colonisation israélienne. Quand on voit les difficultés qu’Israël a eues à évacuer 7 000 colons qui étaient coincés par 1,4 million de Palestiniens à Gaza et à en faire partir 600 000 de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie, ça paraît difficile. Politiquement, l’extrême droite israélienne est hostile à tout processus de paix, veut au contraire chasser les Palestiniens et non pas leur donner des territoires. Cette extrême droite s’est constamment renforcée au cours des dix dernières années. Le parti des colons pèse un tel poids qu’il paraît très difficile de parvenir à un processus à deux États, sauf une pression maximum de la communauté internationale sur Israël. On voit mal l’actuel gouvernement israélien accepter un tel processus et encore moins les grandes puissances contraindre Israël à accepter quoi que ce soit.

Est-ce que cela prouve l’impuissance de la communauté internationale face à ce conflit ?

La communauté internationale est volontairement impuissante. Pour d’autres conflits, elle prend des sanctions. Là, elle s’en remet à la bonne volonté des protagonistes. Cette bonne volonté n’existe pas réellement. Quelque part, elle se lave les mains de ce conflit en appelant à une solution dite des deux États, qui, à force, devient un leurre puisqu’elle est matériellement de moins en moins possible. La communauté internationale est plutôt dans l’invocation et pas du tout dans la mise en œuvre réelle des choses.

La position de Washington a-t-elle changé depuis l’élection de Joe Biden ?

Partiellement mais pas totalement. Avec Trump, c’était un soutien inconditionnel à Netanyahu, qu’il poussait parfois à la surenchère. Cela n’existe plus. Les États-Unis restent toujours des alliés stratégiques d’Israël, sur lequel ils ne veulent pas exercer de pression. Le dernier président à l’avoir fait c’est George Bush en 1991 et depuis les présidents américains prennent position sans faire quoi que ce soit qui puisse faire peur à Israël.

Que représentent les voix dissidentes qui s’élèvent au sein même du parti démocrate ?

C’est un phénomène nouveau parce qu’elles ont au moins ouvert la question du soutien inconditionnel américain à Israël, cette question n’était pas posée avant. Autour d’Alexandria Ocasio-Cortez et du jeune sénateur juif de Géorgie, il y a une remise en question et plus d’unanimité. Il y a un mois, Human Right Watch a qualifié la situation d’apartheid. On voit que ça bouge un peu et que le soutien à Israël n’est plus inébranlable. Mais on est loin de franchir le pas.

L’image « officielle » d’Israël n’est-elle cependant pas en train d’évoluer ?

Israël a des soutiens diplomatiques plus importants qu’avant. Elle a fait la paix avec certains pays arabes, développé des liens avec des pays africains, a de bonnes relations avec la Chine, la Russie, le Brésil, l’Inde et les pays européens, dont la France, sont moins engagés pour la recherche d’une solution. Ces liens diplomatiques n’empêchent pas une perte d’image dans les opinions publiques en général.

L’administration Biden a promis une aide à Gaza, à condition que le Hamas n’en bénéficie pas. Qu’est-ce que cela signifie ?

Le Hamas a gagné des points auprès des Palestiniens par rapport à l’Autorité palestinienne mais n’est toujours pas reconnu par les Occidentaux et n’a pas les connexions diplomatiques pour avancer. Mahmoud Abbas n’a aucun pouvoir sur Gaza. Il a été élu il y a 16 ans, n’a aucune prise sur les événements et Israël ne lui a fait aucune concession. La voie diplomatique qu’il incarne n’a servi à rien, il apparaît comme quelqu’un qui n’a ni pouvoir, ni légitimité. De plus, il a reporté les élections parce qu’il savait qu’il allait les perdre.

Sur la même thématique
Turquie : que veut Erdogan ?