ANALYSES

C’est peut-être les femmes qui vont faire perdre Donald Trump

Presse
3 novembre 2020
Qu’est ce qui compte pour les Américains dans ce vote ? Ce sont des sujets de fond ou bien la personnalité ?

Ça va être beaucoup sur la personnalité. Joe Biden a tout misé sur l’anti-Trump, c’est-à-dire un leadership qui est plus bienveillant, solidaire, qui promet aussi de restaurer une unité de l’Amérique, la grandeur de l’Amérique dans le monde, au sens où les États-Unis seraient à nouveau respectés par les partenaires. La gestion de la crise sanitaire par Donald Trump a été jugée désastreuse par une majorité d’Américains, y compris chez les républicains, les femmes et les seniors. Ces deux catégories de gens, chez les républicains modérés, il va falloir les surveiller de près. Par exemple, chez les femmes, il y a un écart dans les intentions de vote en faveur de Joe Biden de quasiment 20 points, parfois de 25 points. C’est peut-être les femmes qui vont faire perdre Donald Trump.

Les sondages donnent l’avantage à Joe Biden. Mais après l’élection de 2016, il faut se méfier des sondages ?

Les sondeurs ont revu leur méthode de calcul, notamment au niveau local, parce que ce qui leur avait échappé, c’était une grande partie de l’électorat rural. Ils ont refait leur panel. C’est beaucoup plus près de la réalité sociologique que ça ne l’était 2016. À priori, ils seront beaucoup plus fiables qu’il y a quatre ans. Mais évidemment, le système des grands électeurs fait que ça se joue État par État, notamment dans les États-clés, comme la Floride. Là, les sondages sont dans les marges d’erreur encore.

S’il reconquiert par exemple le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie, qui ont été gagnés par Trump sur les démocrates en 2016, c’est terminé, il remporte la présidentielle. De son côté, Trump peut se permettre de perdre le Wisconsin et le Michigan, mais ça veut dire qu’il ne perd aucun autre Etat.

Donald Trump a enchaîné les meetings de campagne. Joe Biden, lui, a sollicité Barack Obama. Est-ce que ces meetings de dernière minute peuvent avoir un impact sur le vote ?

On voit que les deux candidats, aidés par leurs colistiers et même Barack Obama du côté de Joe Biden, ont ratissé le terrain jusqu’aux derniers jours dans les États-clés comme le Wisconsin, le Michigan, la Pennsylvanie, où Hillary Clinton, pensant la victoire acquise, n’était pas allée faire campagne en 2016. Il y a aussi la Caroline du Nord, la Floride, la Géorgie, l’Arizona et peut-être même le Texas, qui pourrait devenir, ce serait la grande surprise, un “swing state”, c’est-à-dire basculer en faveur de Joe Biden. C’est loin d’être acquis, mais c’est une possibilité. Les meetings vont jusqu’au dernier moment, non pas pour aller chercher les indécis parce qu’il y a très peu d’indécis, mais pour aller chercher les abstentionnistes de 2016, séduire ceux qui n’ont pas tellement envie d’aller voter, et qui ne croient ni en l’un ni l’autre. Et comme ça peut jouer effectivement, à quelques dizaines de milliers de voix dans certains États, ça vaut le coup d’y aller jusqu’au bout.
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