ANALYSES

Crise sanitaire : l’armée a-t-elle les moyens de nous aider plus ?

Presse
21 avril 2020
Au vu de la crise de coronavirus, l’armée a-t-elle les moyens de nous aider plus qu’elle ne le fait déjà ? Qu’a-t-elle fait jusqu’à présent ?

Il semble utile de rappeler quelques notions que les Français ont parfois tendance à oublier. Comme dans toutes les démocraties, les Armées dépendent du pouvoir civil élu et ne décident ni de leurs engagements ni des moyens dont elles disposent. « Le Président de la République est le chef des Armées[..] Il décide l’emploi des forces… » Le Premier Ministre «dispose de l’administration et de la force armée et assume devant le Parlement, avec les ministres concernés, la responsabilité des différentes politiques qui concourent à la sécurité nationale »..Le Ministre de la Défense «prépare et met en œuvre la politique de défense dont il assume, avec le Premier Ministre, la responsabilité devant le Parlement. »

Dans le cadre actuel, les missions de base des Armées n’ont pas changé. Les moyens dont elles disposent sont ceux qui ont été donnés par le pouvoir politique qui a jugé qu’ils étaient nécessaires et suffisants, sans aucune marge de manoeuvre, pour remplir les missions imposées.

Il est donc clair que, tant que les missions de base ne sont pas redéfinies, tout effort demandé aux Armées vient en supplément de ce qui est le quotidien du « temps ordinaire ». Il est tout aussi clair qu’il est compréhensible qu’un effort supplémentaire soit demandé aux militaires, comme à toutes les autres composantes de la Nation.

Dès le début de la crise, les Armées ont été sollicitées pour différentes aides ponctuelles. Le 25 mars, le Président de la République a lancé l’opération « Résilience ». Celle-ci est destinée «au soutien des services publics et des Français dans les domaines de la santé, de la logistique et de la protection. »
Les actions entreprises par les militaires, et qui ont fait l’objet d’une assez large médiatisation ont été importantes. Elles ont amené à déployer un hôpital de campagne. Il y a eu le transport, en utilisant des avions et des hélicoptères aménagés pour la circonstance ou des bâtiments de la Marine Nationale, de patients gravement atteints depuis des zones surchargées vers des régions moins directement atteintes. La Marine a aussi envoyé deux de ses bâtiments ayant une bonne capacité hospitalière et logistique en direction de deux départements d’outre-mer. Le service de santé des armées est aussi très largement impliqué, par la mise à disposition des capacités des hôpitaux militaires et par l’utilisation au profit de civils des services médicaux des bases et des casernes.

On en parle moins, mais les militaires sont aussi engagés pour assurer la protection de convois routiers transportant des masques ou du matériel destiné aux pompiers par exemple. Les contours de l’opération Résilience sont, et c’est une volonté du pouvoir politique, assez souples. En particulier, il est permis aux préfets de demander l’appui des forces armées en fonction des besoins propres aux territoires dont ils ont la charge.

Les Armées, comme toutes les autres institutions, pourraient sans doute en faire davantage. Mais cela ne dépend pas d’elles et celui qui en prendrait la décision sera responsable des conséquences tant sur l’immédiat que sur le long terme.

Face aux missions de sécurité à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières nationales ( la menace terroriste restant toujours d’actualité), l’armée doit-elle jouer un rôle dans la crise sanitaire ?

Comme il a été dit plus haut, les missions du quotidien de l’Armée n’ont pas été réduites. De plus, les impératifs de distanciation sociale, le fait qu’un nombre important de militaires soient affectés par le virus, les difficultés d’approvisionnement et de maintenance rendent ces missions plus difficiles et plus astreignantes. La toute récente contamination de la majorité de l’équipage du Charles de Gaulle vient de démontrer à quel point les composants les plus stratégiques de la Défense Nationale peuvent devenir vulnérables s’ils ne sont pas sanctuarisés dans leur seule mission de base.

C’est donc aux responsables politiques de prendre la responsabilité de faire des choix, y compris si cela doit obérer les capacités opérationnelles. Le rôle des chefs militaires est de rendre compte des difficultés rencontrées et de savoir dire si certaines limites sont atteintes, qui mettraient en cause des principes fondamentaux.

Les forces armées peuvent-elles refuser d’exercer certaines missions en lien avec la crise sanitaire ? Sont-elles suffisamment protégées ? ( cf épisode épidémique CDG)

De tous temps, un certain nombre de responsables politiques ont estimé que les militaires représentaient un réservoir humain, gratuit et docile, utilisable en cas de problèmes. C’est ainsi que certains ont obtenu que ce soient des soldats qui nettoient des plages souillées par une marée noire ou qui viennent ramasser les poubelles en cas de grève des éboueurs. L’opération Sentinelle, qui, sur le long terme, donne aux militaires un rôle de force de maintien de l’ordre qui n’est pas leur métier, est aussi un dévoiement.

L’Armée n’est pas en mesure de refuser ce genre de prestations. Tout au plus ses chefs peuvent -et doivent- rappeler aux autorités de tutelle (et au contrôle parlementaire si celui-ci veut bien tenir son rôle) que les missions qui ne sont pas conformes à l’esprit des lois sont un gâchis de potentiel et une hypothèque sur les fondamentaux.
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