ANALYSES

Coronavirus : les États américains se révoltent contre Washington et Donald Trump

Presse
15 avril 2020
Interview de Jean-Eric Branaa - Atlantico
La Californie a déclaré la semaine dernière son indépendance vis-à-vis du gouvernement américain dans la lutte contre le Covid 19. Assiste-t-on aux prémices d’une nouvelle guerre civile entre partisans du Trumpisme et la nouvelle génération politique libérale américaine ? Que signifie la notion d' »État-nation » citée par le gouverneur de Californie Gavin Newsom ?

Vu de France, on peut avoir l’impression que la Californie est en train d’essayer de faire du séparatisme avec les États-Unis. Un sentiment qui n’est pas si éloigné de la réalité car c’est une notion qui revient régulièrement en réalité dans les questions californienne. Il y a même eu un mouvement en 2018 visant à faire sécession avec les États-Unis pour créer trois états au sein de la Californie ou tout simplement sortir du pays. La Californie a les moyens de le faire: si elle venait à faire sécession, son PIB lui conférerait le rang de sixième puissance mondiale, juste devant la France. Seulement le gouverneur actuel, Gavin Newsom, s’était opposé à l’époque à ce mouvement. On n’imagine mal qu’il ait fait demi-tour deux ans après…
En réalité, il s’agit d’autre chose. Gavin Newsom est dit politiquement « très progressiste », libéral, assez proche de Bernie Sanders. L’opposition à Donald Trump a été particulièrement forte en Californie depuis le premier jour du mandat présidentiel. Dès le 9 novembre 2016, « La Résistance », c’était le nom du mouvement à ce moment-là, né en Californie, a été d’une force inouïe. De violents échanges ont eu lieu, non seulement entre Gavin Newsom et Donald Trump mais aussi avec des sénateurs et des maires californiens. De fait, il s’est développé une conscience politique forte dans cet État. C’est la raison pour laquelle Newsom utilise le terme d’ « État-nation », qui ne se reconnaît pas symboliquement dans l’union dans 50 États, sans pour autant la remettre en cause. La Californie s’est par exemple déclarée très tôt « État sanctuaire »: les personnes issues de l’immigration illégale ne sont pas dénoncées aux autorités pour être renvoyées dans leur pays d’origine. Trump avait réagit en affirmant qu’il ne donnerait plus de fonds fédéraux à la Californie, ce qu’il n’a encore jamais fait.

À la lumière de cette crise sanitaire majeure, la dynamique de conflit entre la Californie et l’administration Trump est restée la même. Au moment où Trump minimisait le danger, Newsom en parlait avec gravité, ce qui l’a conduit à être le premier gouverneur de l’ensemble de l’union américaine à prononcer le confinement, dès le 19 mars.

Quels pourraient être les conséquences d’une telle décision dans la lutte des États-Unis contre le Covid 19 d’abord, puis sur le plan politique ?

Au 19 mars, le positionnement de Newsom est toujours dans un affrontement très fort avec le trumpisme. Aujourd’hui, il est plus difficile d’en parler ainsi. La collaboration entre la Californie et l’État Fédéral se fait malgré les prises de parole politique. Cela s’illustre simplement: l’envoi d’un bateau de l’armée dans la baie de Californie n’est pas rien. Des soldats de la Garde Nationale sont présents dans l’État de Californie pour aider les populations. La collaboration est effective et réelle sur le terrain. En revanche, en ce qui concerne l’après-crise, il faudrait demander des comptes sur la gestion de la crise sanitaire. Les Républicains de Californie ont du mal à cacher leur satisfaction devant la gestion de la pandémie par Newsom: sur 20 000 cas constatés, seuls 400 morts sont à signaler. Si on compare ces chiffres à ceux de l’État de New-York, on ne peut que constater que les californiens sont en train d’échapper au pire, grâce aux mesures rapides de confinement prises par le gouverneur. C’est en tout cas le constat de l’opinion. Mais le penseront-ils encore dans deux mois ? Le pic n’est peut-être pas encore arrivé en Californie, ce qui rend très incertaine toute projection politique. Une incertitude à laquelle s’ajoute celle du ressenti de sortie. Une étude produite par les économistes d’UCLA annonce un chômage à 16,2% pour la Californie seule, soit 2 à 3 millions de chômeurs supplémentaires, associé une crise économique d’au moins deux ans. Dans cette situation, à qui la population va-t-elle en vouloir ? Autant les citoyens en temps de crise apparaissent généralement satisfaits de leur premier interlocuteur, mais malheureusement c’est à lui aussi qu’on en voudra après la crise, en lui reprochant d’avoir tué l’économie en confinant trop vite. Une bonne gestion de la crise n’est pas signe de succès électoral. Entre les actes et le ressenti, c’est le ressenti des peuples qui l’emportera au sortir de la crise.
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