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Primaire démocrate : « Pete Buttigieg incarne le renouveau, et il est deux fois plus jeune que tous ses concurrents »

Presse
5 février 2020
Pete Buttigieg a remporté le premier Etat soumis au vote dans la primaire démocrate. Est-ce décisif ?

L’Iowa est un Etat doté d’un électorat plutôt centriste, tant du côté démocrate que républicain d’ailleurs. C’est le premier Etat qui inaugure le processus de sélection de chaque candidat lors des primaires. Sa victoire est un petit exploit parce qu’aucun sondage – à l’exception d’un – ne donnait Buttigieg gagnant. Ce premier résultat permet d’observer comment réagissent les électeurs à cette primaire.

Mais cette victoire est symbolique, l’Iowa est un tout petit Etat : il ne permet d’obtenir que 41 délégués, sur les près de 4.000 qui sont en jeu dans tout le pays. Or, il faut en avoir au moins 1.990 pour obtenir l’investiture.

Quels sont ses atouts face à ses concurrents démocrates ?

D’abord, il suffit de jeter un œil rapide aux candidats : il est deux fois plus jeune que tous ses concurrents ! Elizabeth Warren a 70 ans, Joe Biden en a 77, et Michael Bloomberg va avoir 78 ans, l’âge de Bernie Sanders. Alors que Pete Buttigieg vient tout juste d’avoir 38 ans. Il incarne la nouveauté, et le renouvellement, comparé aux professionnels de la politique qui lui font face.

Son message est différent de ses concurrents : il ne propose pas une révolution de la société, comme Sanders ou Warren ; et ne tient pas un discours monomaniaque, comme Biden, qui répète en boucle qu’il faut à tout prix battre Trump. Lui se pose en candidat de la jeune génération à laquelle il appartient et qui, pour la première fois de l’histoire, vivra moins bien que celle de ses parents. Lui ne propose pas de révolution idéologique, mais une révolution du mode de vie, et offre un nouvel espoir à une génération sensible aux enjeux climatiques.

En outre, c’est un candidat assez modéré dans son profil et dans ses propositions, il rassure et n’a pas le côté radical que peuvent avoir Sanders ou Warren. Il est gay mais ne se pose pas en militant, il se revendique d’être chrétien de gauche, collant à la tradition américaine qui place la religion au centre de tout. Il est ici en rupture avec l’athéisme de gauche qui prévaut depuis longtemps. Cela a participé à le propulser rapidement, à le rendre attirant aux yeux des conservateurs démocrates.

Pete Buttigieg est jeune, gay, polyglotte diplômé de Harvard, il a servi l’armée américaine en Afghanistan… C’est le candidat anti-Trump idéal ? S’il remporte la primaire démocrate, a-t-il une chance face au président sortant ?

Il se pose lui-même en candidat anti-Trump : il est modéré, a servi dans l’armée quand Donald Trump a payé pour être exempté de service militaire, il a un rapport respectueux aux autres et notamment envers les femmes, alors que Trump… En cela, il est l’opposé du président sortant.

Mais quelques points communs entre les deux hommes peuvent être relevés : il n’a jamais été élu et ambitionne d’exercer les fonctions politiques suprêmes de président. Même s’il a pour lui d’avoir été élu maire. D’ailleurs il a construit son personnage autour de son expérience d’édile : il est surnommé « Mayor Pete » [Pete le maire] alors qu’il n’est même plus maire. Il crée une proximité immédiate avec les électeurs, qui ont l’impression de le connaître, de pouvoir l’aborder facilement. Et c’est un atout dans sa communication de campagne. Son mari est d’ailleurs aussi très présent sur les réseaux sociaux. Tout cela participe à une nouvelle manière de faire de la politique, plus conviviale et moins formelle que chez les concurrents.

Côté programme, il joue la carte du démocrate modéré : il propose le contrôle des armes à feu, ainsi qu’une couverture santé étendue à tous les Américains, mais avec la possibilité de prendre en option une assurance privée. Il propose par ailleurs un plan de rénovation des infrastructures : une politique de grands travaux pour rénover routes et ponts dégradés que Trump propose aussi. Mais le programme de Buttigieg coûte cher : 1.500 milliards de dollars, ce qui risque de creuser la dette. Il lui manque peut-être encore la mesure phare de son programme.

Mais avant de peut-être battre Trump, a-t-il de vraies chances de remporter la primaire démocrate ?

Pete Buttigieg porte une voix différente, il a un parcours différent. Il n’a jamais été un grand élu, n’a jamais exercé les fonctions de sénateur ou de gouverneur. Mais on sait qu’il est possible d’être un homme de 40 ans, jamais élu à de hautes fonctions, qui semble sortir de nulle part en politique et pourtant parvenir à se hisser aux commandes de son pays. Nous en avons nous-mêmes un exemple​.

Toutefois, la victoire de Pete Buttigieg a été un peu occultée par la confusion qui a régné lors des résultats. En revanche, s’il remporte le prochain caucus dans le New Hampshire le 11 février prochain, là, la déflagration autour de sa candidature se produira. Là, sa couverture médiatique – élément indispensable dans toute campagne – explosera pour lui donner la visibilité dont il aura besoin pour le « super tuesday », le 3 mars, où les élections primaires de plusieurs Etats importants se tiendront le même jour.

Pour autant, je doute qu’il ne remporte la primaire démocrate. Il n’est pas prêt pour ce scrutin : il n’a pas les équipes, les structures et les moyens de Bernie Sanders ou Joe Biden, qui ont déjà sillonné tous les grands Etats ces derniers mois. Sans compter Elizabeth Warren qui peut créer la surprise, elle qui a su séduire l’électorat féminin. Ce sera difficile pour Pete Buttigieg de battre ces poids lourds.
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