ANALYSES

Dans chaque assiette, un agriculteur

Presse
27 novembre 2019
Sommes-nous conscients, à chaque repas, d’avoir à nos côtés un agriculteur ? Combien d’entre nous, dans l’acte alimentaire répété plusieurs fois par jour, établissent ce lien indissociable entre le contenu de notre assiette et les travailleurs de la terre ou de la mer ? Garant de la sécurité alimentaire humaine, en quantité comme en qualité, l’agriculteur est notre premier soutien. Aucun individu ne peut vivre sans se nourrir. Cette évidence traverse les époques et les continents. Est-ce parce qu’elle est atemporelle, universelle et banale que nous l’oublions si souvent ?

Pourquoi ? Peut-être parce que nos sociétés européennes sont sorties depuis longtemps de l’enfer alimentaire que d’autres connaissent malheureusement encore. Dans de nombreuses régions du globe, le manque de nourriture et le risque d’insalubrité des produits, à commencer par l’eau non potable, demeurent une réalité. Paradoxalement, en Europe et en France, où les consommateurs ont été les grands gagnants de prix bas pratiqués ces dernières années, où le niveau d’abondance et de sécurité alimentaire figure parmi les plus élevés du monde et de l’Histoire, où le souci n’est plus de trouver à se nourrir suffisamment… le curseur de la peur s’est déplacé sur les dimensions qualitatives.

Loin des projecteurs urbains, les acteurs agricoles cherchent à répondre à ces demandes aussi multiples que volatiles. Premiers concernés par les objectifs de développement durable, les agriculteurs ne cessent de modifier leurs pratiques et d’innover. Ils s’inscrivent majoritairement dans des démarches de progrès et de responsabilité pour faire demain faire mieux qu’hier. Sans savoir à quel saint se vouer, puisque leur activité dépend du climat, que leurs revenus ne sont jamais connus à l’avance et qu’ils doivent veiller en permanence aux évolutions sociétales. Ils vivent donc mal les regards critiques, qui tendent à s’amplifier, le fait que l’agribashing soit devenu un thème central du débat politique et médiatique.

Renouer le lien. Sans nier la souffrance que procurent ces propos diffamatoires à leur égard, l’agribashing les invite à reprendre la parole, à communiquer autrement et à proposer un nouveau récit capable de rassurer ou de séduire l’opinion publique. Il faut avoir conscience que l’agribashing s’inscrit, d’abord, dans un contexte global de défiance collective. Tout le monde critique tout le monde. Après tout, pourquoi les agriculteurs échapperaient-ils à la tendance lourde du moment ?

Il faut ensuite admettre que cet agribashing repose sur une ignorance profonde du sujet. Seule l’alimentation intéresse les consommateurs soucieux de leur santé et de celle de l’environnement. L’agriculture et sa réalité ne préoccupent finalement pas ces citoyens peu informés, parfois perchés sur le toit de villes, dictant la marche à suivre à la société, qui méconnaissent la campagne plus qu’ils ne la rejettent. Le citoyen-consommateur-client se doit d’être cohérent. Il revendique la qualité, la diversité, la quantité… Il doit avoir conscience que cela n’est possible qu’avec des agriculteurs, qu’en lien avec eux. Pas contre eux. Pas sans eux.
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