ANALYSES

Emmanuel Macron et Donald Trump : amis et rivaux

Presse
23 septembre 2019
Interview de Pascal Boniface - La Croix
La relation Trump-Macron, depuis deux ans et demi, est singulière. Elle est un mélange particulier d’amitié personnelle et de rivalité stratégique. Au sommet du G7 à Biarritz, Emmanuel Macron et Donald Trump se sont affichés comme les meilleurs amis du monde. Alors qu’il avait dénoncé le communiqué commun dans son avion du retour du Canada lors du sommet 2018, Trump a cette fois-ci félicité le président Macron et la France.

Donald Trump avait pourtant menacé de ne pas venir ou de ne pas assister au dîner du sommet, il a finalement avancé son arrivée y compris pour participer à un déjeuner en tête-à-tête avec le président Macron, mettant en scène une complicité entre les deux hommes. Donald Trump avait accepté la venue du ministre iranien même s’il ne l’a pas rencontré directement et a même évoqué la possibilité d’une rencontre avec le président Rohani.

Trump et Macron, des relations antagonistes

La bonne relation entre les deux hommes a été établie dès l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir. Donald Trump avait été l’invité d’honneur au 14 juillet 2017. Les deux hommes ont en commun d’être des nouveaux venus, d’avoir gagné l’élection présidentielle par surprise et contre la classe politique existante. Ils sont tous deux des hommes de la transgression. Mais leurs positions sont sur le fond antagonistes. À chaque assemblée générale des Nations unies, Donald Trump vient faire un discours plaidant en faveur de son principe d’America first (en fait America only), développant une conception unilatéraliste de la diplomatie alors qu’Emmanuel Macron se fait le chantre du multilatéralisme dont il veut être le champion sur la scène internationale. Donald Trump est climatosceptique et s’est retiré de l’accord de Paris de décembre 2015 sur la lutte contre le dérèglement climatique tandis qu’Emmanuel Macron s’est opposé à lui le soir même du retrait, déclarant que l’urgence était de Make our planet great again, en référence au slogan de Trump.

Alors qu’Emmanuel Macron défend farouchement le respect de l’accord sur le nucléaire iranien, Donald Trump l’a dénoncé. Enfin, Donald Trump a fait sortir les États-Unis de l’Unesco dont le siège est à Paris.

Emmanuel Macron a voulu jouer la carte de la séduction en opérant une sorte de « psychogéopolitique » à l’égard de Donald Trump, partant du principe qu’il était au pouvoir au moins jusqu’en 2020 voire 2024.

Les bonnes relations personnelles ne suscitent pas un accord politique.

Emmanuel Macron affiche à la fois une solide et chaleureuse amitié avec Donald Trump tout en développant des analyses aux antipodes de celle du président américain. Mais le président américain ne change pas pour autant de politique. Il n’a en réalité rien cédé pour le moment sur les sujets de discorde. Et s’il faisait marche arrière sur l’Iran, ce serait plus dû au choc des réalités que de l’envie de faire plaisir à la France. Il est avant tout et même exclusivement préoccupé par sa réélection en 2020, et sa politique extérieure est déterminée par des considérations de politique intérieure. Dès lors, l’influence des chefs d’États et de gouvernements étrangers, même « amis » ne compte guère. Donald Trump, enfin, réagit principalement en fonction des rapports de force. C’est donc cela qu’il faut travailler face à lui.

Sur l’Iran, Emmanuel Macron a pris la tête de la riposte européenne, et est parvenu à ce que l’Allemagne et surtout le Royaume-Uni – qui d’ordinaire ne s’oppose jamais sur des sujets stratégiques majeurs aux États-Unis – fassent front comme contre Washington.

Car pour le moment, en menaçant de fortes représailles les pays qui continueraient à commercer avec l’Iran, en faisant planer le spectre d’une sévère application du caractère extraterritorial de la législation américaine, en déclarant l’UE comme un ennemi du fait de son excédent commercial à l’égard des États-Unis, ce sont bien ces derniers qui pèsent le plus sur la souveraineté de leurs alliés européens et français.

À partir d’un certain moment, le grand écart entre relation personnelle et opposition politique ne sera plus tenable, pour l’un ou pour l’autre.
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