ANALYSES

Donald Trump peut-il perdre en 2020?

Presse
19 juin 2019
Interview de Jean-Eric Branaa - Le Figaro
Donald Trump vient de partir en campagne pour sa réélection à Orlando. Tandis que les Démocrates lancent aussi la leur. Le décryptage de Jean-Eric Branaa.

Donald Trump a lancé sa campagne pour 2020 hier à Orlando. Que retenir de son discours ?

Il est intéressant de constater que cette entrée en campagne a été l’occasion pour Donald Trump de reprendre des éléments d’argumentation qu’il a récemment énoncés dans plusieurs tweets. Il a d’abord été question de remercier ses troupes, puis de dire que ses promesses avaient été tenues – élément fort pour sa crédibilité -, ensuite Trump a repris sa rhétorique de «chasse aux sorcières» pour expliquer que c’est à cause des Démocrates s’il n’a pas pu faire tout ce qu’il souhaitait. Il a également parlé d’immigration et insisté sur le fait que c’est sous sa présidence que, pour résumer, le pouvoir a enfin été rendu aux Américains.

Ce meeting de campagne a surtout été marqué par des slogans, «build the wall», «Make America great again»… Mais au-delà de ces slogans, il faut noter que Donald Trump n’envisage pas de nouvelles propositions, ni de dynamiques nouvelles. Je crois qu’on peut ainsi parler d’échec de sa part à propos de cette intervention à Orlando, tant la seule idée forte qu’il a proposée à ses électeurs a été de les inciter à raisonner comme s’il s’agissait d’un nouveau référendum, pour ou contre lui. Chose qui risque de rapidement contraster avec les propositions de fond que les Démocrates vont proposer pour, chacun, se démarquer et innover.

Cette rhétorique qui l’a fait élire en 2016 peut-elle encore fonctionner ?

Oui, avec certains électeurs, car il bénéficie toujours d’une dynamique et d’une lancée liée à son élection de 2016 et au «Make America great again». C’est aussi sa méthode qui imprime encore, tout en le rendant vulnérable: Donald Trump a fait beaucoup à travers les scandales et les tweets durant sa gouvernance. Ce faisant, il a pris en otages ses opposants qui ont réagi et alimenté cette effervescence, tout en galvanisant ses troupes. Il a ainsi occupé le devant de la scène médiatique depuis son élection mais, maintenant, fonctionner ainsi va devenir beaucoup plus difficile. Chose qu’on constate en ceci qu’il ne fait plus la une des journaux, quand autrefois il les occupait à travers ses frasques, en raillant les Mexicains ou en faisant scandale sur tel ou tel sujet.

Donald Trump s’est institutionnalisé sans s’en être aperçu, et a endossé le rôle de l’establishment. Or, il est difficile de jouer à la fois le rôle de l’antisystème et de l’establishment washingtonien. Sa campagne a donc des atours schizophrènes, ce qui pourrait créer une érosion, notamment chez ses électeurs, qui avant de le plébisciter ne votaient plus, et souhaitaient un changement profond, mais risque de rester chez eux et pensant qu’il n’était finalement pas l’homme qu’ils pensaient.

Il entend aussi s’attaquer à l’immigration clandestine…

On ne sait pas encore quelle forme auront ces mesures. Mais il s’agit de renvoyer des millions d’immigrés dans leurs pays. Bien qu’aucun chiffre n’ait été évoqué, tous les observateurs ont pensé aux 11 millions de clandestins actuellement sur le sol américain.

Il n’a en revanche pas repris cette proposition dans son meeting, à l’étonnement de beaucoup. Il a expliqué qu’il s’agissait de viser ceux qui sont au bout du bout de la chaîne judiciaire: des clandestins qui ont fait appel jusqu’à épuiser les recours mais qui sont toujours aux États-Unis. Il veut les expulser, et là-dessus personne ne sera contre cette proposition légale: il est donc dans son rôle de Président et ces supporters en seront ravis.

Quid de ses adversaires Démocrates ?

La semaine prochaine sera importante, avec les meetings du 26 et du 27 juin à quelques kilomètres au sud d’Orlando où Trump est intervenu hier. Ce n’est donc pas un hasard s’il a fait son meeting depuis Orlando: il comptait griller la politesse aux Démocrates et occuper l’espace médiatique. Mais il risque de se passer l’événement contraire: le 26 juin, Elizabeth Warren va attirer la lumière avec un programme très construit, qu’elle pourra opposer aux non-propositions de Trump. Et dès le lendemain, Joe Biden et Bernie Sanders vont s’exprimer à leur tour et donner une impulsion à cette campagne en donnant l’impression que les Démocrates proposent des choses nouvelles, ce qui pourrait attirer des électeurs hésitant, voire intéressé par Trump depuis la fin des accusations de collusion avec la Russie.

Quel est selon vous le favori chez les Démocrates ?

Joe Biden est pour l’instant bien parti, car il a un très bon positionnement en occupant l’héritage d’Obama et en jouant sur la nostalgie des électeurs. Ce qui empêche les autres candidats de l’attaquer, car Obama est trop populaire à l’intérieur du parti. Et son positionnement au centre empêche aussi Trump d’aller chercher des électeurs pour élargir sa base.

 

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Propos recueillis par Etienne Campion
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