ANALYSES

Pétroliers en détresse en mer d’Oman : « C’est la principale artère pétrolière mondiale »

Presse
13 juin 2019
Interview de Francis Perrin - France info
Comment analysez-vous cette situation ?

Il y a encore beaucoup d’incertitudes sur les faits eux-mêmes. Ce qui est certain, c’est qu’une hypothèse purement accidentelle paraît assez peu probable d’après les éléments de description que nous avons, par les navires eux-mêmes ou les armateurs. On est quand même clairement sur une hypothèse d’attaque. Est-ce que ce sont des torpilles, des mines, les deux ? La suite le dira.

Est-ce qu’il y a déjà eu des attaques dans cette zone ?

Il y a un mois, il y a eu des attaques contre quatre navires juste à l’entrée du détroit d’Ormuz, deux saoudiens, un norvégien, et un des Emirats arabes unis. Il y avait, il y a à peu près un mois, des attaques par des drones armés contre l’oléoduc est-ouest qui traverse l’Arabie saoudite, reliant le golfe arabo-persique à la Mer rouge. Donc ces deux derniers incidents doivent être appréciés par rapport aux précédents, à la montée des tensions dans la région entre l’Iran d’une part, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis d’autre part. Entre l’Iran et les Etats-Unis, et entre l’Iran et Israël. Donc, on est sur une montée des tensions qui se répercute à la hausse sur les prix du pétrole.

Que représente le détroit d’Orumuz, notamment sur le marché du pétrole ?

C’est un détroit absolument essentiel, c’est la principale artère pétrolière mondiale. On estime que par ce détroit passent chaque jour des navires pétroliers transportant plus de 10 millions de barils. C’est absolument considérable, c’est à peu près un tiers du commerce pétrolier mondial. Le Moyen-Orient, c’est à peu près la moitié des réserves pompées de pétrole dans le monde. Le détroit d’Ormuz est la voie normale d’évacuation du pétrole venant des différents pays du Moyen-Orient, pour aller soit vers les marchés asiatiques, soit vers les marchés européens, soit vers les marchés américains. Donc, tout ce qui se passe dans cette zone, autour du détroit d’Ormuz, à l’intérieur ou juste à l’extérieur, c’est toujours fondamental pour les marchés pétroliers, les prix du pétrole et l’activité pétrolière à travers le monde.

A qui appartient ce détroit ?

C’est un détroit international mais deux pays jouent un rôle clé, ce sont l’Iran et Oman. Ce sont les deux pays qui sont considérés comme les gardiens de ce détroit. Comme ce détroit est international, les navires sont libres d’y circuler. Les navires américains sont constamment en train de patrouiller dans cette zone pour s’assurer que personne n’essaie d’entraver le libre commerce du pétrole à partir du Moyen-Orient, du Golfe et du détroit d’Ormuz.

Quel impact cela peut-il avoir sur le pétrole ?

Un impact boursier. Sur les marchés pétroliers, lorsque vous entendez qu’il y a des problèmes dans une région comme celle-là, forcément, vous jouez le pétrole à la hausse. C’est ce que l’on a vu aujourd’hui avec une réaction immédiate des marchés pétroliers. Il est vrai que les prix étaient plutôt orientés à la baisse ces derniers jours. Ils sont repartis à la hausse avec ces deux derniers incidents. Il est intéressant de voir si cette réaction des marchés sera temporaire, ou si les traders vont se dire que cela risque de déboucher sur une confrontation militaire…Dans ce cas, la hausse sera durable.
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