ANALYSES

Élections européennes : un scrutin sous le signe du populisme

Presse
4 mai 2019
La progression de l’extrême droite aux élections de l’Union européenne, c’est une réalité ?

Certains éléments peuvent en effet laisser croire que l’extrême droite obtiendra plus de députés cette fois-ci, notamment pour ce qui concerne les élections locales. Vous avez les législatives en Estonie, qui ont vu un parti d’extrême droite obtenir 15 % des voix. Vous avez l’élection présidentielle slovaque, avec au premier tour le candidat Marian Kotleba [candidat du parti d’extrême droite] qui dépasse la barre des 10 %. Vous avez les élections belges de l’an dernier, qui ont vu [le parti nationaliste] Vlaams Belang reprendre des couleurs. Il y a aussi les sondages. En France, vous avez un coude-à-coude entre le Rassemblement national de Marine Le Pen (RN) et La République en marche du président Macron (LREM). On ne sait pas ce qui va arriver. Mais ce qui est certain, c’est que le RN sera un peu devant ou un peu derrière LREM…

Peut-on penser à une éventuelle majorité pour l’extrême droite ?

C’est une hypothèse hautement fantaisiste, ne serait-ce que du point de vue arithmétique. Des partis comme le Rassemblement national en France, la Ligue du Nord en Italie, Alternative pour l’Allemagne (AfD), Vox en Espagne ou le parti de Geert Wilders aux Pays-Bas (PVV) peuvent toutefois avoir plus de sièges, voire beaucoup plus, ce qui est déjà pas mal, et éventuellement tenter d’influer sur certaines nominations de commissaires européens.

Après, ça dépend de ce qu’on entend par extrême droite. Parce qu’on a toute une constellation de partis antieuropéens, nationalistes, partisans de la démocratie directe… Certains sont des objets politiques non identifiés, comme le Mouvement 5 étoiles [en Italie]. D’autres sont, par leur histoire, leur programme contre l’immigration, le multiculturalisme, plus nettement marqués.

Ces partis pourraient-ils faire front commun au sein d’un même groupe parlementaire ?

La difficulté, c’est qu’un seul groupe rassemblerait des gens marqués à l’extrême droite ainsi que des conservateurs qui n’ont aucun intérêt à apparaître comme des gens d’extrême droite. Je pense [au chef conservateur] Jarosław Kaczynski en Pologne, ou [au premier ministre et chef du parti de droite] Viktor Orbán en Hongrie. Quel est l’intérêt d’Orbán d’aller siéger dans le même groupe que Marine Le Pen et l’AfD ? Il y a encore des réticences assez fortes à aller dans le même groupe que le Rassemblement national, parce qu’il a l’image d’un parti né à l’extrême droite. Alors il y aura très certainement deux groupes, au mieux. Plus une poignée de non-inscrits. Les Grecs d’Aube dorée, par exemple. Ces gens sont tellement proches du néonazisme que personne ne veut siéger avec eux.

Au Parlement européen, il est quand même important de faire partie d’un groupe. Si vous êtes non inscrit, vous n’avez pas de moyens, pas de temps de parole. Vous n’avez pas accès au travail de commission. Dans un groupe, vous avez la possibilité de vous exprimer.

On peut conjecturer sur des alliances ?

Ce qui est certain, c’est qu’il y aura une grande reconfiguration. Il y a en ce moment une activité assez intense au Parlement européen pour voir qui pourrait siéger avec qui. M Kaczynski vient de recevoir M. Abascal, leader espagnol de Vox, pour prendre la température. Ils ont tous les deux un programme catholique qui pourrait les rapprocher. Matteo Salvini [leader populiste italien] est allé voir Kaczynski et Orbán. Le Mouvement 5 étoiles, de son côté, est en train d’essayer de monter un groupe qui rassemblerait les partisans de la démocratie directe qui ne sont pas nécessairement des gens d’extrême droite.

N’est-il pas ironique que des partis nationalistes et pour l’essentiel europhobes se présentent aux élections européennes ?

Ce qui est intéressant, c’est de comparer l’attitude que Marine Le Pen avait sur l’Europe jusqu’à la présidentielle de 2017 et son attitude maintenant. C’est vrai aussi pour Matteo Salvini, d’ailleurs. Avant, ces partis disaient : il faut sortir de l’Union européenne (UE), il n’y a rien à en tirer. Aujourd’hui, ils disent : sortir de l’UE fait peur à nos électeurs. Et la manière dont le Brexit se passe renforce encore cette crainte. Sortir, oui. Mais pour aller où ? Et donc, Marine Le Pen, Salvini et les Autrichiens du FPÖ disent : « C’est pas la peine de sortir, il faut essayer de réformer le truc de l’intérieur. Pas seulement changer à la marge, mais changer le cap de la construction européenne. » Ils ont compris que c’était sans doute plus facile à faire de l’intérieur que de dire : « On va tout dynamiter et demander que nos pays sortent de l’Union. »
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