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Biden, Buttigieg, Sanders : le trio favori pour la candidature démocrate à la présidentielle 2020

Presse
24 avril 2019
Hillary Clinton s’était déclarée un 12 avril. Joseph Robinette Biden a beaucoup hésité, tergiversé, repoussé l’échéance et le fait donc pour sa part un 25 avril. C’est donc à peu près à la même période que l’ancienne Première dame mais, cette année, cela semble bien tard, si on considère que cela arrive bien après tous les autres candidats démocrates, qui se sont lancés très tôt cette année. Ils sont aussi très nombreux, puisque le record du nombre de candidats à la présidentielle a été battu, avec 21 candidats sur la ligne de départ à ce jour. Toutefois Joe Biden espère bien que cela ne gênera pas son destin, car il se voit bien en président de la première puissance mondiale…

Pour y prétendre, ses atouts sont nombreux car la vie politique du vieux démocrate a déjà été particulièrement riche : 36 ans au sénat, puis la vice-présidence pendant les deux mandats de Barack Obama. Il a d’ailleurs été le premier catholique romain à occuper ce poste. Cette vie dévouée à l’action publique aurait dû logiquement être couronnée par le premier rôle depuis longtemps. La plus haute marche lui a pourtant échappé en 1988 et 2008, lorsqu’il a été à chaque fois prématurément obligé d’abandonner le combat. En 1988, c’est un scandale énorme qui l’a obligé à jeter l’éponge alors qu’il faisait face à une accusation de plagiat d’un discours du leader travailliste anglais Neil Kinnock, dont il s’était largement inspiré pour une intervention publique dans l’Iowa. Il a alors été balayé dès le caucus de l’Iowa, celui qui ouvre la saison des primaires, et où il n’a terminé qu’en 5eposition. En 2015, c’était un peu différent, car s’il a renoncé, c’est uniquement parce qu’il a été secoué par la mort de son fils et révulsé à l’avance par l’idée qu’il puisse être accusé d’exploiter ce chagrin personnel à des fins électorales. Alors, il a fait un pas de côté et a regardé passer le train. Mais avec des regrets qu’il ne dissimule pas. Il reste persuadé qu’il aurait battu Donald Trump.

Si sa conviction est faite qu’il l’aurait emporté dans ce combat entre mâles, sa certitude est encore plus forte qu’il serait sans nul doute sorti vainqueur d’une lutte avec Hillary Clinton, lors des primaires. C’est un point du vue qu’il a défendu avec fougue et sans relâche depuis ce funeste 8 novembre 2016. Il est revenu longuement sur ce point dans son livre le plus récent et laisse transparaitre une amertume de ne pas s’être lancé quand c’était encore possible. A cette lecture, on découvre que son entourage a beaucoup pesé pour le dissuader de s’engager dans un tel combat, à commencer par le président, Barack Obama, qui ne l’a pas vraiment encouragé : « Je veux sincèrement protéger ton héritage », lui aurait-il dit simplement en guise d’explication.  Sans ce soutien, cela se compliquait un peu, surtout face à Hillary.  Son propre directeur de campagne, Mike Donilon, a enfoncé le clou quand il a estimé qu’il fallait garder un temps pour le deuil et que la douleur était trop forte pour se consacrer à une campagne aussi dure.

En novembre 2018, il a fêté ses 76 ans. D’aucun penserait qu’il est temps de profiter de sa retraite et de ses journées : pas lui. L’âge ne lui fait pas peur et ne représente pas un frein à ses yeux. Pendant deux ans et demi, il a maintenu la pression sur le 45e président et s’est montré très présent dans les médias. Pour être sûr d’être compris, il a même publié un livre, Promise Me, Dad qui est paru le 14 novembre 2017. Il a alors expliqué qu’il s’agissait du premier tome de ses mémoires. Une grande place est accordée dans cet ouvrage à l’agonie de son fils, Beau, qui a succombé d’un cancer le 30 mai 2015. Joe Biden raconte que, sur son lit de mort, son fils lui a demandé de ne rien changer à ses plans et de tout faire pour devenir président. Mais l’ancien vice-président fait une différence très forte entre ses sentiments personnels et sa vie publique. Il a déjà eu à affronter la mort dans sa vie, lorsqu’il a perdu sa femme Neilia et sa fille Naomi, victimes d’un accident de voiture en 1972, alors qu’il venait tout juste d’être élu sénateur du Delaware. Ses deux fils avaient alors survécu et il avait fait face avec courage, honorant aussi ses obligations publiques, tout en étant un jeune père de 30 ans, seul avec ses enfants.

Son intention est maintenant de proposer un autre narratif pour le roman national qu’il entend contribuer à écrire. Il pense être le mieux placé pour tourner la page Donald Trump. Face au vingt autres candidats, il va faire jouer l’expérience, mais aussi les réseaux : le Parti va se ranger derrière lui et il sera la cible première de tous les autres candidats. C’est à cela que l’on mesure que l’on est un candidat crédible.

Et si cela ne suffisait pas, il pourra lire les tweets de Donald Trump, où il tiendra une place de premier choix : le président des Etats-Unis a toujours répété qu’il serait son candidat préféré. Il n’a jamais caché non plus qu’il aime le catch et la castagne. Cela annonce donc une campagne rude et à forte dose de testostérone.

Elle commence véritablement cette semaine.
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