ANALYSES

« Donald Trump va exploiter cette tribune du New York Times »

Presse
7 septembre 2018
Interview de Marie-Cécile Naves - La Croix
Le mercredi 5 septembre, le New York Times publiait une tribune inédite dans laquelle un haut responsable de l’administration Trump affirme contrecarrer de l’intérieur « les impulsions » du président. La Maison-Blanche est en émoi et cherche à connaître l’identité de la « taupe ».

La Maison-Blanche a-t-elle déjà connu de telles divisions en son sein sous un autre président ?

Pas que je sache. Il y a évidemment toujours des divergences entre les hauts responsables d’une administration, mais celles-ci ne sont pas rendues publiques comme dans le cas de la tribune publiée dans le New York Times. Il faut néanmoins rester prudent sur l’interprétation qu’on donne à cette dernière : la « résistance » évoquée par le journal provient d’une source anonyme présumée qui travaille à la Maison-Blanche. L’anonymat est ici problématique dans le sens où il est difficile d’établir l’authenticité de la source.

L’article 25 de la Constitution, qui vise à priver le président américain de ses fonctions, pourrait-il s’appliquer ?

C’est une solution peu réaliste. D’abord, cet article 25 est un outil régulièrement invoqué depuis l’élection de Donald Trump. Ensuite, il serait très difficile à mettre en place. Il entraînerait des procédures complexes et nécessiterait des preuves réelles et concrètes que le président est inapte à gouverner. Depuis qu’il est au pouvoir, Donald Trump suscite des interrogations sur sa santé mentale parce qu’il montre peu d’empathie et qu’il change tout le temps d’avis. Mais il faudrait fournir des éléments pour le prouver. L’amendement 25 est un garde-fou qui doit prévenir un président malade ou mentalement atteint de gouverner. Une telle procédure pourrait vite tourner au ridicule si elle est lancée sans preuves solides.

La publication de la tribune dans le New York Times soulève-t-elle des questions juridiques et légales au motif qu’elle mettrait en danger la présidence de Donald Trump ?

Tout dépend de qui en est l’auteur. S’il s’agit d’un conseiller proche de Donald Trump qui a rompu sa confiance en détruisant des documents, alors oui. Mais encore une fois, nous disposons de trop peu d’éléments pour savoir si la sécurité nationale est en jeu. Ce qui est sûr, c’est que Donald Trump va exploiter cette tribune en utilisant tous les éléments de langage qui lui sont propres et en exploitant la théorie du complot : seul contre tous, il est victime une nouvelle fois de l’Establishment de Washington.

C’est à double tranchant pour lui. D’un côté, cela conforte ses soutiens dans la théorie du complot et la dénonciation d’une presse libérale anti-Trump. De l’autre, cette tribune est un argument de plus pour ceux qui le critiquent, car la dénonciation est interne au parti républicain. Cela participe en tout cas à son image de président clivant.

Pour l’instant, on ne peut pas encore miser sur une opposition des leaders républicains à Donald Trump. À deux mois des élections de mi-mandat, les élus républicains qui veulent se maintenir au Congrès et le président sont dans le même bateau. Nous verrons ce qui se passera après les midterms. Quel que soit le résultat, les Républicains pourront se retourner contre lui.

Propos recueillis par Ninon Bulckaert
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