ANALYSES

Sommet de Singapour : « Pour Trump, l’essentiel est déjà accompli »

Presse
12 juin 2018
On peut être raisonnablement optimiste au lendemain du sommet de Singapour. Cette rencontre marque en effet un changement d’ère, même si la déclaration finale ne comporte que des engagements de principe. Des concessions ont été faites, notamment de la part des États-Unis, qui insistaient jusque-là sur l’importance d’une « dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible », alors que le document final n’évoque qu’une « dénucléarisation complète ».

Après cette réunion très théâtralisée, la suite est désormais entre les mains des diplomates américains et nord-coréens. Il s’agit avant tout d’une question de confiance – la déclaration ne comprend en effet ni date ni engagement concret. Donald Trump semble d’ailleurs faire plus confiance aux dictateurs qu’à ses alliés. Il serre la main de Kim Jong-un après avoir pris à partie Justin Trudeau, le premier ministre canadien.

Il est donc bien trop tôt pour tirer quelque conclusion que ce soit du sommet de Singapour. Combien de temps prendra la mise en œuvre de ces engagements vagues ? À un journaliste qui lui posait la question, évoquant entre dix et quinze ans, le président américain a répondu que le règlement du dossier nord-coréen serait plus rapide.

La réalité est que Donald Trump, personnellement, s’engage très peu. Ses échéances à lui sont bien plus proches : il s’agit des élections législatives de novembre, cruciales pour la fin de son mandat, et de la campagne pour sa réélection en 2020. D’ici là, le locataire de la Maison-Blanche veut envoyer un message d’homme fort à son électorat. Il ne faut pas oublier qu’il a fait campagne en accusant Barack Obama de faiblesse, de passer son temps à s’excuser.

Lui, assure-t-il, est l’exact opposé : il est le président qui impose ses vues. Il s’agit d’une affirmation de puissance très rhétorique, mais qui peut fonctionner auprès de son électorat. Il veut montrer qu’il n’a pas peur de l’adversité, ni des dictateurs qui ont menacé de lui faire la guerre. Les Américains se soucient peu de la politique étrangère. Ils ignorent le fond du dossier et vont continuer à l’ignorer. Mais ils voient la posture de leur président et les images, en boucle, d’un homme qui lève le pouce, qui dit « j’ai gagné ». « Je mets fin à vingt-cinq ans d’inaction », dit-il, et le message passe.

La séquence qui s’achève est pour lui une réussite, et plus encore pour Kim Jong-un, qui gagne une reconnaissance internationale. Si le processus déraille, si, à un moment ou un autre, il ne sert plus ses intérêts, Donald Trump pourra toujours dire qu’il a tendu la main, et que Kim Jong-un n’a pas respecté ses engagements. Je dirais même que, pour le président américain, l’essentiel est fait… même si la résolution du problème ne fait, elle, que commencer.

Recueilli par Gilles Biassette
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