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L'imam Chalghoumi : top médiatique, flop sociétal
06 décembre 2012
En quelque temps l’imam Chalghoumi est devenu une vedette médiatique incontournable.
 
Il était encore invité le 4 décembre au "Grand journal" de Canal Plus, où il a son rond de serviette. Il est devenu la référence de la plupart des médias pour tout ce qui touche à l’islam, aux musulmans et au dialogue interreligieux. Le journaliste Olivier Da Lage faisait remarquer avec malice que les médias pourraient peut-être s’apercevoir qu’il y a d’autres mosquées en France que celle de Drancy, dont il est en charge.
 
L’archétype même du "musulman modéré" ?
 
Assez curieusement, pour quelqu’un que les médias mainstream considèrent comme le meilleur représentant des musulmans – c’est dans tous les cas certainement celui qui est le plus invité et interviewé – il est très contesté parmi ceux qu’il est censé représenter. La cote de Chalghoumi auprès des Français musulmans est inversement proportionnelle à celle qu’il a auprès des médias. Il s’en défend en disant que seuls quelques extrémistes radicaux contestent ses positions parce qu’il est l’archétype même du "musulman modéré". Difficile d’avoir une véritable définition du "musulman modéré" (modérément musulman ? ne ferait-il, comme s’en amuse Yassine Belattar, que deux prières et demi par jour ?).
 
Sa dernière percée médiatique tient à son positionnement en faveur d’un rapprochement israélo-palestinien. On peut là aussi être étonné. Il y a assez peu de gens qui prônent l’intensification de la guerre ou l’élargissement du fossé entre Palestiniens et Israéliens. Pourquoi dès lors l’imam Chalghoumi serait-il devenu le représentant du camp de la paix ?
 
Il a fait récemment un voyage en d’Israël (à l’invitation des autorités israéliennes) qui, par un malencontreux hasard, est survenu au moment du bombardement de Gaza sur lequel Chalghoumi s’est peu exprimé. Car s’il n’est pas le seul à souhaiter la paix, y compris parmi les musulmans français, il est l’un des rares à donner un satisfecit à Israël et à approuver la politique israélienne. C’est donc justement ce qui en fait l’originalité et le prix médiatique.
 
Un soutien très léger de la communauté musulmane
 

Qu’en est-il de son enracinement réel dans le pays ? Si l’on considère que, pour une personne publique qui appelle au dialogue et qui veut mobiliser, les réseaux sociaux sont un bon indicateur de popularité, le constat est terrible pour l’imam Chalghoumi : il n’a que 37 followers sur Twitter et si vous allez sur sa page personnelle, le site vous propose comme "semblables à Hassen Chalghoumi"… le CRIF. Un peu curieux tout de même pour un imam.

Il n’a 105 mentions "j’aime" sur Facebook ; pour quelqu’un qui se présente comme "président de la Conférence des Imams de France", ça ne fait pas beaucoup. Par comparaison, le rappeur du Havre Médine, qui s’exprime aussi pour la paix au Proche-Orient, mais sans renier son d’identité musulmane, a 220.000 abonnés sur Facebook. Il n’a jamais été invité au "Grand journal"… Il n’est pas non plus interviewé par "L’Express" ou "Le Point". Et on pourrait multiplier les exemples de musulmans très suivis par les membres de leur communauté et ignorés des médias.  
La propension des médias à inventer des représentants d’une communauté qui ne représentent qu’eux-mêmes et à ignorer totalement ceux qui jouissent d’un large soutien populaire est de plus en plus gênante. Comment peuvent-ils encore ainsi déformer les représentations ? Est-ce de l’incompétence ou de la malveillance ? Ne voient-ils pas que ce type de déformation des réalités ne peut qu’alimenter les théories du complot ?

  

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