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Le Tchad entre conflits armés et élections présidentielles

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Les élections présidentielles ont lieu au Tchad ce 3 mai 2006, en dépit des conflits qui mi-avril ont touché la capitale N'Djamena.

Pour le président Idriss Deby Itno, ces élections sont une réponse de la démocratie à la violence, alors que pour l'opposition et de nombreux observateurs, elles risquent d'attiser la guerre civile. Le FUC (Front uni pour le changement) qui contrôle une grande partie du territoire, et la CPDC (Coordination des partis politiques pour la défense de la Constitution) regroupant plus de 20 partis d’opposition, appellent au boycott.

Le pays connaît en effet une résurgence des conflits armés. Le 14 mars, le dispositif militaire français « Epervier » constitué de 1100 soldats disposés à N'Djamena, avait apporté un appui face à la tentative de coup d'Etat contre Idriss Deby. Le 30 mars, l'attaque par les forces rebelles de Moudeina avait provoqué la mort du chef d'Etat-Major de l'armée de terre tchadienne. Mi-avril, l'attaque des rebelles du FUC, regroupant le RDL (Mahamat Nour du groupe Tama) et le SCUD (Socle pour le changement de l'unité et la démocratie du groupe Zaghawa), menaça le pouvoir. Disposant d'armes chinoises, le FUC a en effet entraîné la brève conquête de la ville de Mongo, menant les rebelles jusqu'à N'Djamena où ils ont été écrasés grâce notamment aux renseignements de la force française « Epervier ».

La situation du Tchad traduit sur le plan interne la perte de légitimité du pouvoir, et montre des oppositions qui se renforcent, une résurgence de conflits claniques non-résolus depuis les indépendances et attisés par les pays voisins, notamment par la Libye et le Soudan. Une partie des rebelles est d’ailleurs soutenue par le Soudan et indirectement par la Chine qui lui fournit les armes.

Il faut voir que le conflit tchadien est complexe et est au cœur de plusieurs problématiques. Tout d’abord, il a une dimension régionale en étant lié à la crise du Darfour avec les 200 000 Soudanais réfugiés au Tchad et à l'action du Soudan. Khartoum soutient en effet l'opposition à Idriss Deby N’Djamena apporte, quant à lui, son appui aux groupes du Darfour s'opposant au gouvernement du Soudan.

De plus, le Tchad est au cœur d’enjeux pétroliers importants signés en juin 2000 sous contrôle de la Banque mondiale. Fin avril, un armistice a été trouvé spécifiant que 70% des recettes pétrolières devaient être affectées à des programmes de lutte contre la pauvreté et que les dépenses de sécurité seront financées par le budget général.

Enfin, le conflit a une dimension géopolitique internationale mettant en présence trois grands acteurs : la France, les Etats- Unis et la Chine. Pour la France, qui a peu d'intérêts économiques pétroliers, le Tchad est au cœur de deux failles historiques entre le monde francophone et anglophone et entre le monde arabo-musulman et négro-africain. Les Français disposent des forces militaires « Epervier » et d'un accord de défense avec le Tchad. Ils cherchent à éviter toute situation chaotique en préférant de manière classique appuyer le pouvoir en place. Les Américains disposent quant à eux de l’aspect financier, par le biais de la Banque mondiale et de la compagnie Exon qui exploite le pétrole avec Pétronas. Ils soutiennent le maintien du contrat avec Exon, l'accès au pétrole par Kribi et ont pesé pour faire retarder les élections. La Chine, enfin, s'oppose au Tchad qui reconnaît Taiwan. Elle a ainsi des relations privilégiées avec le Soudan et a un accord portant sur l’achat de 85% du pétrole du pays et la fourniture d'armes. Elle voudrait à terme accéder au pétrole par Port Soudan et soutient le projet d’un oléoduc reliant le Tchad au Soudan.

Si la France a sauvé le régime d'Idriss Deby malgré sa faible légitimité, elle risque de se retrouver à nouveau en première ligne avec le réarmement des forces rebelles du FUC et les menaces de guerre civile. Ces temps d’élections présidentielles biaisées n’arrangent rien.

Philippe Hugon est Professeur émérite agrégé en sciences économiques et Directeur de recherche à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), spécialiste de l’Afrique.

Philippe Hugon / Yahoo ! Actualités / 3 mai 2006



Philippe Hugon
Directeur de recherche à l'IRIS


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