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Mouvements dans l'industrie de défense

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La semaine qui vient de s’écouler aura été riche en événements dans le secteur de la défense.

Après l’annonce de son mariage avec Lucent, Alcatel a officialisé l’apport de sa branche satellites à Thalès. Cela se traduira par une montée dans le capital de Thalès jusqu’à hauteur de 21,6%. De leur côté, les actionnaires industriels de EADS, Lagardère et Daimler-Chrysler, ont annoncé qu’ils réduiraient leur participation au capital de cette entreprise de moitié en vendant chacun l’équivalent de 7,5% du total de l’actionnariat de cette entreprise. Enfin, l’annonce par Bae Systems de la vente des 20% qu’elle détenait dans le capital de Airbus n’a au premier abord rien à voir avec le secteur de l’industrie de défense. Cette opération n’est pourtant pas sans incidence sur ce secteur.

Ces trois événements doivent-être lus à l’aune de deux considérations : l’impact de la mondialisation sur l’industrie de défense, et les objectifs que les Etats européens poursuivent en matière d’industrie de défense, notamment par rapport à la constitution de l’Europe de la défense. Or, force est de constater en considérant ces événements, que le risque de voir la mondialisation aller à contre-courant des objectifs politiques ne doit plus être négligé en Europe.

En France, on comprend parfaitement la stratégie d’Alcatel consistant à s’allier avec un autre acteur de la téléphonie mobile, Lucent, afin de rester compétitif dans ce secteur. On comprend également son apport à Thalès de son activité satellitaire, qui doit s’analyser d’ailleurs plus comme la réorientation de la stratégie d’Alcatel afin de ne pas être dépendant uniquement de son activité civile, que comme un moyen de protéger l’activité satellitaire vis-à-vis des Américains. Il n’empêche qu’il eut été utile de profiter de cette occasion pour regrouper l’activité satellitaire européenne - ce qui impliquait alors l’association d’EADS Astrium -, les acteurs européens étant en effet aujourd’hui sous-dimensionnés. Ce ne sera pas le cas du fait de la rivalité qui oppose EADS, Thalès et Alcatel sur le contrôle de Thalès.

Autre événement, si le retrait partiel de Lagardère et Daimler-Chrysler du capital de EADS ne change rien à l’équilibre de cette entreprise ni à ses perspectives futures, il n’empêche que les analystes financiers auront tôt fait d’en déduire que pour ces acteurs industriels, l’industrie de défense en Europe n’est pas aujourd’hui l’investissement le plus rentable pour les actionnaires. Cette impression est d’ailleurs confirmée par l’attitude de Bae Systems qui, à l’image de Lagardère et Daimler Chrysler, annonce la revente de ses actions dans Airbus (l’actionnariat de Airbus est à 80% EADS et à 20% Bae Systems) au moment où les résultats de cette entreprise sont les plus florissants. L’impression est donc que les actionnaires ont choisi de toucher leurs dividendes pour investir dans d’autres secteurs : les médias pour Lagardère, l’automobile pour Daimler-Chrysler et… l’industrie de défense américaine pour Bae Systems.

Le risque est donc clair : si l’industrie de défense est un marché, celui-ci se trouve aux Etats-Unis avec un budget de défense de 500 milliards de dollars, et pas en Europe. Ce retrait actionnarial que ne suffit pas à compenser la stratégie défensive d’Alcatel, devrait donc alerter les Etats européens qui, s’ils veulent poursuivre un objectif d’autonomie stratégique, ont besoin d’une industrie de défense compétitive et autonome.

Jean-Pierre Maulny / Yahoo ! Actualités / 10 avril 2006



Jean-Pierre Maulny
Directeur adjoint de l'IRIS


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