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Londres et Madrid : ce n'était pas Al Qaïda

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Les partisans de la thèse d’une « 4ème guerre mondiale » n’hésitent pas à présenter Al Qaïda comme une organisation hautement centralisée et hiérarchisée qui mènerait une guerre globale contre les démocraties, et représentant une menace de nature différente mais d’une dangerosité ou intensité comparable à celle de l’URSS du temps de la Guerre froide. Cette thèse a une utilité idéologique. Face à cette menace, il convient en effet de faire bloc derrière les Etats-Unis, seuls capables de mener la grande bataille contre le terrorisme. Elle a pour inconvénient de ne pas correspondre aux réalités.

Les enquêtes sur les attentats de Madrid (mars 2004) et de Londres (juillet 2005) infirment en effet la théorie d’Al Qaïda, organisation toute puissante. Après deux ans d’enquête sur les attentats de Madrid qui ont fait 191 morts et 1000 blessés, un juge espagnol - qui a fait arrêter 120 personnes et envoyé 24 suspects en prison - n’a, à ce stade de l’enquête, pu établir aucun lien avec Al Qaïda. Les accusés ont opéré de façon autonome, sans prendre leur ordre à l’étranger. Ils ont agi largement en réaction à la participation espagnole à la guerre d’Irak.

L’enquête du ministère britannique de l’Intérieur, qui sera publiée dans quelques semaines, mettrait également hors de cause Al Qaïda pour les attentats commis en juillet 2005 à Londres, et qui ont tué 52 personnes et fait plus de 700 blessés. Ces attentats suicides commis par quatre jeunes britanniques, immigrés de la deuxième génération, semblent avoir été motivés par l’immortalité promise aux martyrs et par l’opposition à la politique étrangère de Tony Blair. Celle-ci était en effet jugée hostile aux musulmans du fait de la participation active de la Grande-Bretagne à la guerre d’Irak aux côtés de George W. Bush. Trois des quatre kamikazes étaient d’origine pakistanaise. Les deux d’entre eux qui s’étaient rendus au Pakistan n’étaient pas revenus avec un ordre de mission, et n’avaient eu que des conversations avec des militants d’Al Qaïda. La conclusion du rapport fait froid dans le dos : « Un complot simple et peu coûteux, réalisé sans aucun soutien extérieur ». Cela veut dire tout simplement que la répétition d’un tel événement n’est pas à exclure.

C’est donc à tort que Al Qaïda a revendiqué les attentats de Madrid et de Londres. Mais cela permet à l’organisation de se faire de la publicité à bon compte et de se présenter comme plus importante qu’elle ne l’est. Or, tout ceci ne dessert pas le Pentagone qui a besoin de présenter Al Qaïda comme une menace tentaculaire.

Le défi terroriste est, à n’en pas douter, capital pour notre sécurité. Encore convient-il pour le combattre de faire le bon diagnostic et de ne pas partir sur de fausses pistes et des remèdes qui attirent le mal au lieu de l’éradiquer.

Directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), il a dirigé l'ouvrage collectif «L'Année stratégique 2006» paru chez Dalloz.

Pascal Boniface / Yahoo ! Actualités / 10 avril 2006



Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS


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