
Arnaud Dubien, Chercheur à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), nous donne son avis sur les résultats des élections législatives qui se sont déroulées ce dimanche en Ukraine.
Quels sont les principaux enseignements du scrutin législatif du 26 mars ?
Tout d’abord la consolidation du processus de démocratisation en Ukraine. Le scrutin s’est en effet déroulé dans des conditions qui contrastent singulièrement avec les évolutions observées dans les pays voisins. Cet acquis – le principal de la « révolution orange » - est désormais irréversible. S’agissant des résultats en eux-mêmes, la principale surprise vient du rapport de force dans le camp orange. Le décrochage de « Notre Union Notre Ukraine », parti pro-présidentiel, par rapport à la liste conduite par Ioulia Timochenko signifie ni plus ni moins la marginalisation de Victor Iouchtchenko, dont les prérogatives seront par ailleurs réduites au terme de la réforme des institutions qui va entrer en vigueur. Le parti des Régions effectue un score honorable (environ 32%), mais est relativement isolé. Le Parti communiste s’effondre et parvient à peine à franchir le seuil des 3% pour entrer au Parlement (Rada). Enfin, la liste de l’ancien président du parlement, V. Litvine, échoue de justesse et contre toute attente. Les Ukrainiens ont donc décidé de donner une seconde chance aux « Oranges », tout en changeant de leader.
Il faut noter qu’il y avait par ailleurs des scrutins locaux et régionaux en Ukraine ce 26 mars. L’élection de Léonid Tchernovetsky à la mairie de Kiev en remplacement d’Alexandre Omeltchenko, que l’on croyait pourtant « intouchable », est un élément intéressant, y compris pour les investisseurs étrangers.
Qui sera nommé à la tête du gouvernement et quelles seront ses priorités ?
Selon toute vraisemblance, c’est Ioulia Timochenko qui sera chargée de la formation du nouveau gouvernement. Des discussions sont en cours entre « Notre Union Notre Ukraine », le Parti socialiste - au gouvernement depuis 2005 -, et son parti. La coalition orange-rose sera reformée, mais cette fois sous la direction et aux conditions de Ioulia Timochenko. Notons cependant que des inconnues demeurent. Les antagonismes sont en effet très importants entre les proches de Timochenko et Iouchtchenko. Des tensions sont donc prévisibles lors du partage des portefeuilles et au cours des prochains mois. De plus, il y a un réel clivage idéologique : Timochenko est plus interventionniste en matière économique et pourrait être tentée de remettre à l’ordre du jour la question des « reprivatisations » des entreprises privatisées dans des conditions douteuses au cours des années 2000-2004. Ce qui annoncerait sans doute une nouvelle période d’incertitudes.
Les élections législatives de dimanche dernier auront-elles une influence sur la politique étrangère de l’Ukraine ?
Le rapprochement avec l’Occident devrait se poursuivre, mais certains infléchissements ne sauraient être exclus. On sait par exemple que Ioulia Timochenko est plus prudente que Victor Iouchtchenko sur la question de l’entrée du pays dans l’OTAN, à laquelle une large majorité d’Ukrainiens est opposée (à la différence de l’entrée dans l’UE). L’autre interrogation concerne l’avenir des relations avec la Russie. Cette dernière doit s’attendre à une renégociation des accords gaziers du 4 janvier qui lui étaient très favorables. Reste que le Kremlin pourrait ne pas être mécontent de traiter avec Ioulia Timochenko, que le Président Poutine a reçu à deux reprises à l’automne dernier et qui ne partage pas la russophobie qui caractérise une partie de l’entourage de Victor Iouchtchenko.
Arnaud Dubien / Yahoo ! Actualités / 29 mars 2006
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