
Les dirigeant européens se retrouvent ce jeudi 23 et vendredi 24 mars à Bruxelles, pour un Sommet dont l’énergie doit être le sujet principal. Susanne Nies, Directrice de recherche à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) nous en explique le contexte et les enjeux.
Les chefs d’Etats et de Gouvernements des pays de l’UE se réunissent aujourd’hui pour évoquer notamment la recherche et l’innovation, l’égalité des chances, et l’Europe de l’énergie. Pourquoi ce projet sur l’énergie ?
L’idée n’est pas si nouvelle. Tout a commencé en 1951 lorsque le Benelux, et la France, l’Allemagne et l’Italie ont mis en commun l’énergie de l’époque : le charbon. Ce projet, quelque peu oublié et désormais anachronique avec la perte d’impact du charbon, redevient d’actualité en ce début d’année. On a vu en effet la Russie couper le gaz à l’Ukraine, pays par lequel transitent les 25% de l’approvisionnement énergétique des pays de l’Union européenne. Il est évident que la situation a effrayé, avec une impression de déjà-vu si l’on pense aux deux chocs pétroliers des années 70. Il est vrai aussi que l’on ne fait plus autant confiance à la Russie, considérée auparavant comme un pays fiable en terme de livraison. S’y rajoutent des préoccupations d’ordre plus général, les prix du gaz et du pétrole ayant pratiquement doublé depuis deux ans. La Commission européenne estime que nous dépendrions en 2030 à 70 % des importations énergétiques, et que nos propres ressources s’amenuiseraient tandis que la demande ne cesserait de croître.
Quel est donc l’objectif de cette « Europe de l’énergie » ?
Nous faisons preuve aujourd’hui d’une approche fragmentée en matière d’énergie : c’est, en résumé, chacun pour soi, et chacun de manière bilatérale avec les fournisseurs - la France maintient par exemple des relations privilégiées avec l’Algérie, l’Allemagne avec la Russie. Or, pour faire le poids face aux fournisseurs, mais aussi pour développer une vision commune de la problématique, il faut s’intégrer et renoncer à une partie de sa souveraineté. Si la Lituanie est seule face au chantage russe, elle n’y parviendra pas. Si l’Europe, en revanche, fait bloc, sa situation changera. Et cela est vrai pour les vingt-cinq autres Etats membres de l’UE.
Le projet de l’Europe de l’énergie, qui sera donc à l’ordre du jour de cette rencontre, comprend trois volets : la durabilité, la compétitivité et la sécurité des approvisionnements. De plus, outre la pure sécurité de livraison, l’Europe intègre des préoccupations environnementales dans sa politique énergétique. Sur ces points, nous sommes très efficaces en comparaison aux Etats-Unis, à la Russie ou encore à la Chine, grand consommateur émergent. Le développement des technologies sur le plan énergétique et son exportation, voilà un domaine sur lequel l’Europe pourrait se distinguer et prendre la première place.
Ces propositions seront-elles acceptées par les 25 lors de ce sommet ?
Il s’agit d’une première familiarisation avec ce projet qui est redevenu brusquement d’actualité en ce début d’année. Il est vrai que la volonté varie selon les pays européens : les petits pays et les anciens satellites de l’Union soviétique – comme les Etats baltes, la Pologne - ressentent une urgence plus grande que, par exemple, la France. Depuis l’arrivée au pouvoir de la Grande Coalition, l’Allemagne a modifié son approche en matière de politique énergétique. Si Schröder était en faveur d’un bilatéralisme presque « kitch » avec la Russie, Merkel défend l’idée d’une « communauté de destin », d’une Europe de l’énergie. La France, elle, n’a pas encore clairement fait part de sa position. L’on est partagé entre les avantages de la souveraineté d’un côté, et les avantages d’une approche européenne de l’ autre. Il faut s’attendre à une série de débats qui aboutiront d’ici 2007.
Susanne Nies / Yahoo ! Actualités / 24 mars 2006
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