Institut de Relations Internationales et Stratégiques - Accueil
english version  

 
FLUX RSS Flux RSS

 
imprimer la page  envoyer cet article à un ami   

Haïti, un vote massif

Photo

Déjouant les pronostics les plus pessimistes, les Haïtiens ont massivement voté mardi 7 février pour désigner leur président et leurs parlementaires. Après trois reports successifs la quatrième tentative a donc été la bonne.

Les bureaux n'ont pas tous ouvert à l'heure faute de matériel et parfois d'assesseurs. Mais les électeurs étaient bien là, alignés en queues parfois impressionnantes, leur tout nouveau document d'identité à la main. Une première estimation du Conseil électoral provisoire (CEP) avance un taux de participation proche de 90%. La MINUSTAH, la Mission des Nations unies pour la transition en Haïti, tant décrié à quelques jours du scrutin, a correctement rempli sa fonction. La sécurité du vote a globalement été assurée.

On comprend le soupir de soulagement et parfois le sentiment d'autosatisfaction signalé par les institutions internationales et les ambassadeurs des pays les plus impliqués, Brésil, Canada, Chili, Etats-Unis. Les cartes électorales étaient restées en liste d'attente sur l'aéroport de Mexico pendant plusieurs jours. Le général brésilien responsable militaire des casques bleus s'était suicidé début janvier. Le bidonville de Cité Soleil, entretenait un abcès de violence irréductible entre la capitale et l'aéroport international. Le Conseil électoral provisoire peinait à mettre sur pied la consultation. Un doute généralisé planait sur ces élections qui semblaient à portée de main mais finalement impossibles à organiser.

Le ton tartarinesque de certaines déclarations au lendemain du scrutin, a permis d'évacuer le doute accumulé les jours d'avant. " Je rends hommage à la population haïtienne " a déclaré Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU. Juan Gabriel Valdés son représentant à Port au Prince, a parlé " de processus admirable ". Pour le chef de la mission d'observation de l'Union européenne, le Belge, Johan van Hecke, " en se déplaçant en grand nombre les Haïtiens ont démontré leur attachement à la démocratie ". Jean Pierre Kingsley, canadien et responsable de la Mission internationale d'évaluation des élections en Haïti, a considéré que les " Haïtiens avaient manifesté, sans équivoque et librement, leur volonté de dessiner leur avenir dans la voie de la démocratie ". Luis Ayala, secrétaire général de l'Internationale socialiste a lui aussi communié dans l'éloge, signalant que " ces élections avaient été les meilleures réalisées en Haïti depuis vingt ans ". L'ancien Premier ministre mauricien, Paul Béranger, à la tête d'une délégation de l'Organisation internationale de la Francophonie, a " félicité le peuple haïtien qui a selon son propos, " donné une leçon de démocratie au monde entier ".

Plus intéressant pour l'avenir, les résultats bien que partiels, annoncés dans la journée du 8, ont été acceptés par la plupart des candidats. René Préval, qui défendait les couleurs de Lavalas, parti de l'ex-président Aristide, selon les premières indications bénéficierait d'une avance écrasante sur ses 32 concurrents. Serge Gilles, crédité de moins de 2% des voix a très vite déclaré que son parti, la Fusion social-démocrate " acceptera le résultat ". Cette déclaration a été suivie comme en écho démocratique par celles de Turneb Delpré, Reynold George, Déjean Bélizaire, Evans Paul, autres postulants malheureux à la magistrature suprême. Seul le démocrate-chrétien, Leslie Manigat, donné second a ostensiblement revendiqué le silence, dans l'attente des résultats définitifs.

Les sondages réalisés pour la première fois auront eu grosso modo raison. Pratiquement tous signalaient la victoire probable d'un revenant, l'ancien président René Préval, proche de Jean-Bertrand Aristide. La perspective était niée par beaucoup, tous ceux qui s'étaient mobilisés contre le système Aristide qui finit entaché de violences et de corruption. L'électeur de base, à la campagne ou dans son bidonville, éloigné des salons politiques et des hôtels internationaux de Pétionville, a privilégié le retour d'une espérance. En 1990, Jean-Bertrand Aristide, jeune, prêtre des pauvres, avait enflammé un peuple qui n'a connu depuis son indépendance que la souffrance, la misère et la dictature. Malgré les déceptions, le mariage d'Aristide, la mise en coupe réglée du pays par ses hommes de main, les chimères, le rêve l'a emporté, celui d'un retour à la case espoir.

Peut-on faire du neuf avec de l'ancien ? La communauté internationale n'a pas le choix. Elle a voulu des élections libres, démocratiques, concurrentielles. Elle s'est donnée les moyens d'en assurer le succès. Le résultat est là. Les opposants d'hier ont été battus. La mise a été emportée à la loyale par un néo-aristidien. Il revient aux uns et aux autres, ONU, OEA, Etats-Unis, Brésil, Canada, Chili, pays qui se sont le plus impliqués dans cette affaire de doubler la mise, de mettre la main au portefeuille pour relever le défi posé par la victoire de Préval, celui de faire de Haïti, un pays comme les autres.

Jean-Jacques Kourliandsky est Chercheur associé à l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques). Il est co-auteur de L'Année stratégique 2006, parue chez Dalloz.

Jean-Jacques Kourliandsky / Yahoo ! Actualités / 13 février 2006



Jean-Jacques Kourliandsky
Chercheur à l'IRIS


Institut de Relations Internationales et Stratégiques
2 bis, rue Mercoeur - 75011 PARIS
Tél. : 33 (0) 1 53 27 60 60 – Fax : 33 (0) 1 53 27 60 70
contact@iris-france.org