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Des frégates pour les Européens du XXIème siècle

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L’accord conclu à la fin du mois dernier entre la France et l’Italie pour la construction de vingt-sept frégates multimissions est passé totalement inaperçu et c’est dommage.

Il est vrai que les fonds nécessaires ne seront peut-être finalement pas au rendez-vous, que la coopération entre les deux industriels peut se révéler très difficile, qu’une fois les frégates construites, chaque pays les utilisera selon sa propre stratégie, sans que leur emploi soit nécessairement coordonné. Il est vrai enfin qu’il s’agit uniquement d’une coopération bilatérale : il n’y a pas le moindre aspect de politique européenne dans cet accord, et la PESD (Politique européenne de sécurité et de défense) ne prévoit rien dans ce domaine.

C’est pourtant un événement important. Quatre-vingt-dix pour cent des importations et des exportations européennes sont transportées par bateaux. Comme d’autres Etats, parmi lesquels les Etats-Unis, les pays européens ont donc intérêt à protéger la liberté du transit sur toutes les grandes voies de communication maritimes dans le monde. Comme le commerce, les trafics illicites se font en grande partie par la mer, qu’il s’agisse d’êtres humains, d’armes, de drogues, de voitures volées, de cigarettes, ou d’équipements destinés à des programmes nucléaires ou balistiques clandestins. Or le littoral européen s’étend sur des milliers de kilomètres qui doivent être surveillés pour essayer au moins de limiter l’activité des réseaux de trafiquants. La mer est aussi un milieu privilégié pour toutes les pollutions, que ce soit par les hydrocarbures ou par les déchets de l’industrie chimique. Même si les groupes de pression formés par les industriels et les armateurs ont réussi à maintenir la réglementation dans ce domaine à un niveau indigent, il faut des navires, rapides, armés, et entraînés, pour faire respecter le peu d’exigences qui leur sont imposées.

Le grand intérêt des frégates multimissions franco-italiennes est donc d’abord de répondre à la situation actuelle, et non aux schémas de la guerre froide, comme c’est le cas du char Leclerc, des sous-marins lanceurs d’engins, ou des avions équipés d’ogives nucléaires. Leur avantage est aussi d’être conçues en fonction des besoins des Européens. Elles n’ont pour objectif ni de répondre à une demande de Washington, ni de rivaliser avec ce que font les Etats-Unis, ni de s’opposer à la politique américaine, mais simplement de faire ce qui est souhaitable pour nous, un nous qui en l’occurrence signifie l’ensemble de la population européenne - bien que l’Union Européenne ne soit pour rien dans ce projet. Si elles étaient l’annonce d’une politique d’armement, et peut-être d’une politique de défense, correspondant aux problèmes réels auxquels l’Europe doit actuellement faire face, et non pas définies pour ou contre ce que veulent les Etats-Unis, en fonction de ce qu’écrit tel ou tel penseur américain, ou pour augmenter les dépenses d’armement des pays de l’OTAN, ces frégates auraient déjà rempli une part importante de leurs multiples missions.

Georges Le Guelte est Directeur de recherche à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), et ancien Secrétaire du Conseil des gouverneurs et de de la Conférence Générale de l’AIEA.

Georges Le Guelte / Yahoo ! Actualités / 8 décembre 2005




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