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Législatives au Venezuela : la journée des dupes ?

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Curieux dimanche électoral que ce 4 décembre au Venezuela. Il n’y aurait, si l’on écoute les porte-paroles du pouvoir et ceux de l’opposition, que des vainqueurs. Le 4 décembre les citoyens étaient invités à renouveler les 167 députés de l’Assemblée nationale. Il y a quatre ans, à l’issue de la dernière consultation, les candidats proches du président Chavez avaient gagné 86 sièges. Ceux de l’opposition avaient obtenu 81 représentants.

L’officialisme s’est déclaré satisfait. Le MVR, Mouvement de la Vème République, formation du Président Chavez, a en effet obtenu 114 élus. Et les 53 députés restant sont de près ou de loin membres de la majorité. Le principal responsable du MVR, le député William Lara, a pu déclarer que la nouvelle Chambre appelée à siéger le 5 janvier prochain serait composée de « partisans du projet de pays défendu par le gouvernement », tout en étant plurielle puisque les députés étaient issus de formations différentes. Cette élection, a-t-il ajouté, n’en déplaise aux critiques, est tout à fait légitime, aussi légitime que les conseils municipaux issus de la consultation du 7 août dernier.

L’opposition dans sa diversité s’est elle aussi frottée les mains à la lecture de l’abstention. Ayant refusée de participer au scrutin elle avait appelé ses partisans à rester chez eux. Seuls 25% des Vénézuéliens ont rempli leur devoir électoral. Henry Ramos Allup, secrétaire général du parti Action démocratique, a brocardé ce résultat comme « ridicule ». L’Assemblée issue d’un tel vote, a-t-il déclaré, est « légale », mais en aucun cas « légitime ». Elle ne représente, a-t-il ajouté qu’une partie de la population vénézuélienne. Le propos a été repris par Maria Corina Machado, présidente d’une association de vigilance démocratique, proche de l’opposition, nommée Sumate. Ces élections, a-t-elle commenté, sont « illégitimes ».

Au-delà de cette satisfaction partagée, l’observateur extérieur observe avec perplexité un pays, le Venezuela, qui va depuis une vingtaine d’années de Charybdes en Syllas politiques. Certes la majorité d’aujourd’hui a confirmé ses succès électoraux précédents. Mais à quel prix ? L’opinion publique est polarisée, politiquement et socialement, et peut-être, de façon plus intime, racialement. La concentration de pouvoir acquise par le président en elle-même interpelle, même si elle est le résultat mécanique d’élections incontestables. Les observateurs de l’OEA, l’Organisation des Etats Américains, comme ceux de l’Union européenne, n’ont rien trouvé de particulièrement scandaleux dans l’organisation du scrutin et son déroulement. Faute de contrôle effectif sur ses actes et ses propos, le président provoque inutilement ses adversaires intérieurs, et entraîné par une force agressive devenue naturelle, certains chefs d’Etat étrangers.

Mais c’est l’opposition qui porte en cette affaire la responsabilité la plus lourde. Elle a considéré dés 1998 comme illégitime la présence au Palais de Miraflores, l’Elysée vénézuélien, d’un officier issu de catégories populaires, non membre d’un parti traditionnel. Elle a depuis cette date abandonné toute réflexion programmatique, toute construction d’alternatives et de projets, effacée par une obsession toujours actuelle, celle de faire tomber Hugo Rafael Chavez du fauteuil présidentiel. Exaspérée par ses défaites électorales successives, elle a donné dans le coup d’Etat en avril 2002, la paralysie du secteur stratégique des pétroles en décembre 2002, l’organisation d’un référendum révocatoire en août 2004, et à la veille de perdre de façon cuisante les législatives du 4 décembre l’abandon, présenté comme inévitable, compte-tenu d’une fraude massive tardivement découverte le 28 novembre.

L’abstention du 4 décembre pour autant est-elle due aux consignes tardives de l’opposition ? La faible participation constatée n’a rien d’exceptionnel. Elle est dans la continuité de celle mesurée le 7 août dernier aux élections locales. Le véritable vainqueur de cette élection introuvable ne serait-il pas M. Nini, vénézuélien moyen, de plus en plus las, du verbiage agressif inutilement pratiqué par les ténors de la majorité comme de l’opposition ? Le patronat local, Fedecamaras, fer de lance du putsch manqué du 12 avril 2002, en ce qui le concerne a tourné la page. Au mois de juillet 2005, José Luis Bétancourt, son nouveau président, a déclaré en prenant ses fonctions qu’il était comme la majorité des chefs d’entreprise fatigué « de la boxe de salon, du blablabla et de la rhétorique ». « En 2002 Fedecamaras s’est trompée. Tous nous nous sommes trompés (..) Je crois aux ponts, (..) la société doit sentir qu’il y a une autre alternative que celle de la confrontation ».

Jean-Jacques Kourliandsky est Chercheur associé à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), spécialiste de l’Amérique latine. Il est co-auteur de L’Année stratégique 2006 qui vient de paraître chez Dalloz.

Jean-Jacques Kourliandsky / Yahoo ! Actualités / 6 décembre 2005



Jean-Jacques Kourliandsky
Chercheur à l'IRIS


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