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Russie : objectif 2008

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Le 14 novembre, Vladimir Poutine a annoncé la nomination de Dmitri Medvedev, chef de l’administration présidentielle et président du Conseil d’administration du géant Gazprom, au poste de 1er vice-premier ministre. Un autre proche du président, Sergueï Ivanov, ministre de la Défense, cumulera ses fonctions avec celle de n°3 du gouvernement. Ces mouvements, auxquels s’ajoutent d’autres nominations aux niveaux régional et fédéral, confirment la mise en place d’un dispositif visant à assurer « en douceur » la succession de Vladimir Poutine en 2008.

Arnaud Dubien , chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), spécialiste de la Russie, analyse la situation.

Comment interpréter les nominations annoncées hier par le président Poutine ?

Ces décisions confirment avant tout que le président russe quittera le Kremlin en 2008. Il avait à plusieurs reprises déclaré qu’il respecterait la constitution – qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels – sans pour autant convaincre les observateurs russes et étrangers. Divers scénarios – élection à la tête d’un nouvel ensemble Russie-Biélorussie, modification de la constitution autorisant un troisième mandat, ou nomination au poste de premier ministre dans le cadre d’un glissement de la Russie vers une république parlementaire – avaient été envisagés et débattus dans la presse russe. Il apparaît toutefois que le pouvoir russe souhaite, comme en 1999, privilégier une passation de pouvoir contrôlée. Les nominations du 14 novembre clarifient également les rapports de forces entre les différents groupes qui composent l’entourage de Vladimir Poutine.

Quels sont les « dauphins » potentiels de Vladimir Poutine ?

La promotion de Dmitri Medvedev est largement interprétée comme un signal fort dans la perspective de 2008. Issu de Saint-Pétersbourg, ce juriste de formation âgé de 40 ans a pris la tête de l’administration présidentielle à l’automne 2003, en remplacement d’Alexandre Volochine, jugé trop proche de la « famille » Eltsine. Dmitri Medvedev est considéré comme le leader des « technocrates pétersbourgeois » au Kremlin, par opposition aux « Silovikis » (issus des services secrets, tels Igor Setchine) et aux « libéraux » (incarnés notamment par le ministre des finances, Alexeï Koudrine). Discret et compétent, il avait déjà remporté une victoire importante il y a quelques semaines en menant à bien le rachat de la compagnie pétrolière Sibneft (contrôlée par Roman Abramovitch) par Gazprom. Il sera chargé, au sein du gouvernement, du suivi des « projets nationaux » récemment annoncés par Vladimir Poutine. Dédiés à l’amélioration dans les secteurs de la santé et de l’éducation (où les salaires des personnels seront doublés, grâce à la manne pétrolière dont bénéficie le pays), ils devraient contribuer à la « popularisation » de celui qui, à ce stade, fait figure de favori pour succéder à Poutine. Reste que le chemin jusqu’à 2008 sera long, et que la politique russe – byzantine par essence – réserve souvent des surprises.

De ce point de vue, les autres nominations – en particulier celles de Sergueï Sobianine, ex-gouverneur de la région pétrolière de Tioumen, et de Sergueï Kirienko, ancien premier ministre (1998) et représentant du président dans le district fédéral Oural-Volga, promus respectivement aux fonctions de chef de l’administration présidentielle et de n°1 de la puissante agence à l’Energie atomique – ne doivent pas non plus être négligées.

Autre leçon des récents événements : le recul des « Silovikis », qui semblaient pourtant disposer d’une influence sans limite depuis l’affaire « Ioukos ». Victor Ivanov, Igor Setchine – tous deux membres de l’administration présidentielle -, mais également Vladimir Oustinov, Procureur général, semblent affaiblis. Il se murmure également à Moscou que d’importants changements à la tête des services secrets russes devraient avoir lieu prochainement.

Quelles implications pour la politique étrangère de la Russie ?

La politique étrangère fait l'objet d'un large consensus à Moscou autour de l'idée selon laquelle le pays demeure une grande puissance, à l'identité distincte de l'Occident, avec lequel des relations de partenariat - mais pas d'intégration - doivent être nouées afin de moderniser en profondeur la Russie. De ce point de vue, les divergences au sein de l'entourage de Poutine portent moins sur les objectifs que sur les moyens. Medvedev, qui dirige le Conseil d'administration de Gazprom, est sans doute plus sensible à l'importance des facteurs économiques dans la notion de puissance. Puissance militaire déchue, la Russie compte aujourd'hui essentiellement sur ses ressources pétrolières et gazières pour rééquilibrer des rapports de forces qui ont évolué de manière peu favorable à ses intérêts depuis la fin de la Guerre froide.

Arnaud Dubien / Yahoo ! Actualités / 15 novembre 2005




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