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La France est-elle sous la menace terroriste ?

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Barthélémy Courmont, chercheur à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) et spécialiste du terrorisme, réagit sur les déclarations d’hier du Juge Bruguière dans un entretien au Figaro.

Le juge Bruguière estime qu’un pas a été franchi avec les attentats de Londres. Partagez-vous cette analyse ?

Jean-Louis Bruguière a parfaitement raison de mettre l’accent sur la mutation des groupes terroristes. Celle-ci a été confirmée par les enquêtes sur les attentats de Londres, mais elle s’est en fait opérée bien plus tôt, et on peut même se demander si les attentats du 11 septembre 2001 n’étaient pas déjà le signe de cette mutation, avec des groupuscules formés d’individus n’ayant pas d’attaches précises avec des groupes terroristes identifiés, et pouvant donc agir plus facilement dans l’ombre. Le danger actuel est celui d’un micro-terrorisme frappant en tout lieu et à n’importe quel moment, plus que celui d’un terrorisme de masse. La deuxième vague d’attentats de Londres, deux semaines plus tard, n’a fait que confirmer la difficulté à mettre la main sur des groupes qui n’existent pas dans les services de renseignement.

Les armes de destruction massive entre les mains de groupes terroristes sont-elles la plus grande menace ?

Dans l’absolu, le risque de voir des groupes terroristes avoir recours à des armes chimiques ou biologiques et - de façon nettement moins évidente - nucléaires, reste réel, et constitue une véritable menace en raison des effets qu’une telle attaque entraînerait. Cependant, il convient non seulement de relativiser le risque de l’utilisation de l’arme nucléaire par des groupes terroristes, qui reste soumise à de multiples conditions, mais aussi de rappeler que le plus grand danger n’est pas celui d’un terrorisme de destruction massive, mais au contraire d’attaques de faible intensité à répétition nécessitant peu, voire pas, de moyens logistiques. Ni le 11 septembre, ni le 11 mars à Madrid, ni les attentats de Londres n’ont été menés à l’aide d’armes de destruction massive. Cela ne signifie pas que les terroristes ne seraient pas intéressés par de tels engins, mais il ne faut pas entrer dans une paranoïa qui en ferait la priorité absolue.

Les mesures comprises dans le cadre des propositions de la loi antiterroriste, notamment la vidéosurveillance, peuvent-elles être efficaces ?

L’exemple de Londres est sans doute la meilleure réponse. Les autorités de la capitale britannique s’estimaient en mesure de prévenir des attaques terroristes grâce à leur réseau très dense de caméras dispersées dans toute la ville. Ce ne fut pas le cas. De façon plus générale, l’erreur des pouvoirs publics est de vouloir systématiquement renforcer les moyens de contre-terrorisme au détriment de l’antiterrorisme, qui suppose des mesures de long terme et non de riposte, mais également des politiques permettant de comprendre les origines du terrorisme. En cherchant à protéger sans aller à la source du mal, nous ne faisons que retarder l’échéance d’attaques menées par des fanatiques religieux, des extrémistes politiques, ou même des désœuvrés. A cet égard, Jean-Louis Bruguière note avec justesse que la France n’est pas à l’abri d’une attaque, mais il ne faut pas pour autant considérer que celle-ci serait plus imminente en octobre 2005 qu’un an plus tôt.

Barthélémy Courmont a écrit sur le sujetTerrorisme et contre-terrorisme : l’incompréhension fatale, Paris, Cherche-midi, 2003.

Barthélémy Courmont / Yahoo ! Actualités / 6 octobre 2005



Barthélémy Courmont
Chercheur à l'IRIS


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