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Enfin une perspective claire dans les relations Turquie - Union européenne

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Le 3 octobre restera une date fondatrice dans la longue et tumultueuse histoire des relations entre l’UE et la Turquie.

L’ouverture des pourparlers d’adhésion marque certes un point d’aboutissement, mais constitue avant tout l’amorce d’un nouveau chapitre prometteur, même s’il sera long et complexe à écrire, ce que chacun s’accorde à reconnaître. Que n’a-t-il fallu d’ingéniosité diplomatique pour parvenir à ce résultat !

Depuis plusieurs semaines, et jusqu’au dernier moment, les manœuvres dilatoires et les arguties diverses ont été utilisées par les pourfendeurs de la candidature turque :

- la question chypriote tout d’abord, en exigeant que la Turquie reconnaisse Chypre alors même que le dossier n’est toujours pas réglé et qu’en outre c’est aujourd’hui singulièrement la partie chypriote grecque qui semble la plus réticente à accepter des compromis et trouver des solutions. Il aurait ainsi fallu mettre la charrue avant les bœufs, ce qui n’était pas, on en conviendra, la meilleure façon de faire progresser cet épineux dossier, à propos duquel l’UE n’a d’ailleurs pas fait preuve d’un foisonnement de propositions au cours de ces dernières années.

- la question du partenariat privilégié, ensuite, qui fut le cheval de bataille des responsables autrichiens durant plusieurs jours, sans d’ailleurs qu’au passage le contenu de cet hypothétique partenariat privilégié n’ait été clairement défini. L’inclusion de cette mention dans le cadre des pourparlers était inacceptable pour la partie turque qui, depuis maintenant 42 ans, se situe dans la perspective de l’adhésion pleine et entière.

Ces tergiversations montrent malheureusement dans quel état se trouve aujourd’hui l’UE. Ne parvenant ni à se hisser au niveau de ses responsabilités, ni à tracer des perspectives et des objectifs mobilisateurs, elle butte sur ses propres contradictions à chaque échéance : incapacité à dégager un nouveau cadre budgétaire, libre cours aux calculs électoralistes nationaux, marchandages incessants dont les tenants et aboutissants restent particulièrement obscurs aux citoyens européens. La situation est singulièrement préoccupante… En Turquie de tels errements pourraient avoir, par effet de ricochet, le malencontreux effet de refroidir l’enthousiasme pro-européen qui se manifeste sans discontinuité depuis de nombreuses années.

Mais aujourd’hui, inutile de bouder la satisfaction de tous ceux qui souhaitent une grande ambition pour l’UE. L’essentiel c’est que les vingt-cinq Etats membres aient accepté unanimement d’ouvrir les pourparlers d’adhésion avec la Turquie et que ces derniers se dérouleront au sein d’un cadre strict de négociations. C’est une véritable opportunité pour l’UE, dont il convient de se saisir pour lui donner toute sa substance. Il s’agit maintenant que la Turquie adopte l’acquis communautaire, c'est-à-dire l’ensemble des lois et décisions qui assurent le fonctionnement de l’Union. 35 chapitres vont ainsi être traités dans les années à venir : tous les observateurs s’accordent à considérer que le processus prendra plus de dix ans. Chacun comprendra qu’au cours de cette période l’UE et la Turquie vont substantiellement se transformer et qu’ainsi les débats se poseront très différemment lorsque la question de l’adhésion se posera enfin.

Avec la Turquie, l’UE acquiert l’opportunité d’accéder à une forme plus complète d’universalité et partant de devenir un acteur majeur de ce qu’il est convenu d’appeler la mondialisation. N’en déplaise aux thuriféraires du « clash des civilisations », quel plus efficace message de démontrer que, du point de vue des valeurs de l’UE, il n’y a nulle antinomie entre l’islam, la laïcité, les valeurs démocratiques et l’économie de marché ? Oui, il est possible de proposer au monde musulman un modèle européen de modernité susceptible de se prémunir contre le terrorisme aveugle, et de proposer une alternative aux régimes autoritaires. Enfin l’UE, en excluant la perspective d’adhésion de la Turquie, resterait un club chrétien et s’enfermerait, fût-ce à son corps défendant, dans une conception culturaliste de la citoyenneté totalement contradictoire avec une conception laïque et ouverte de celle-ci.

Décidément on ne peut que se féliciter de l’ouverture des pourparlers d’adhésion.

Didier Billion / Yahoo ! Actualités / 5 octobre 2005



Didier Billion
Directeur adjoint à l'IRIS


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