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L'Allemagne, un pays à deux chanceliers ?

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Susanne Nies, Directrice de recherche à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), spécialiste de l’Allemagne, analyse la crise politique que connaît le pays à l’issue des élections législatives qui viennent de s’y dérouler.

Comment interpréter le résultat des élections législatives en Allemagne : Allemagne en crise, ou Allemagne ingouvernable ?

Le résultat des élections du 18 septembre a surpris même en Allemagne. Pour la première fois depuis l’après-guerre aucune des deux grandes formations de ce pays n’a obtenu un résultat lui permettant de former une majorité avec l’un des petits partis. Constituer une majorité, aujourd’hui, supposerait de former une coalition soit avec l’autre grande formation, soit avec deux petits partis, ce qui serait un scénario inédit en Allemagne.

Les sondages ont annoncé des résultats qui se sont avérés faux : la CDU/CSU était créditée d’au moins 41 % des voix, ce qui s’est traduit dimanche par seulement 35,2 %, et qui l’a placée toute proche du SPD avec 34,3 %. Par contre, la FDP, à la surprise générale, a obtenu 9,8 % et l’extrême gauche 8,7 %. La tendance du déclin des grands partis traditionnels s’est ainsi poursuivie au profit des petites formations.

De manière plus générale ce résultat révèle un refus de l’électorat allemand de tout changement radical, à l’exemple des réformes fiscales que proposait Paul Kirchhoff et la CDU/CSU avec la fameuse « flat tax ». En quelque sorte, on peut admettre l’idée que l’action de Schröder a été approuvée, au regard de sa défaite capitale en mai, avec les élections en Rhénanie-Westphalie et de son impopularité en Allemagne depuis février 2005, moment du dépassement du seuil des 5 millions de chômeurs en Allemagne, inédit depuis la République de Weimar.

L’électorat allemand, quoi qu’on en dise, souhaite « un menu à la carte ». Il veut combiner les différents aspects des différents partis, et ne se retrouve plus dans les carcasses des grandes formations – quelque part anachroniques – et surtout caractérisées par des crises d’identité. La formation du Linkspartei, le parti de gauche - hérésie du SPD -, ou bien la guerre fratricide au sein de la CDU/CSU, sont révélateurs en ce sens.

Que va-t-il se passer maintenant ? L’Allemagne est sans gouvernement ?

Non, le Chancelier Schröder et le Parlement restent en place jusqu’au 18 octobre 2005. C’est la date-buttoir pour présenter une solution à la crise politique. Mathématiquement, plusieurs constellations sont possibles, en terme de coalition. On peut aussi bien envisager une grande coalition entre SPD et CDU/CSU (qui donnerait 447 sur 613 sièges), que les deux constellations chacune composée d’une grande formation avec deux petites : soit SPD/FDP (libéraux)/Grüne (Verts) qui disposeraient de 334 sièges, soit CDU/CSU/Verts/FDP qui auraient alors 337 sièges. Enfin, dernier cas de figure, une alliance SPD/Links/Verts qui disposerait en ce cas de 327 sièges.

En pratique, tant la SPD que la CDU excluent toute coalition avec l’extrême gauche, et il est aussi peu probable que la FDP s’allie à la SPD - ce qu’elle a rejeté dés les premiers résultats. Quant à la grande coalition, sorte de mariage d’éléphants, Schröder et Merkel s’en disputeraient la chancellerie. Sans changement important du personnel de direction, une telle solution semble aussi difficile. La bataille à l’intérieur de la CDU commence donc à battre son plein, et oppose notamment Stoiber et Merz d’un côté, et Merkel, bouc-émissaire, de l’autre.

Si aucune solution n’est trouvée d’ici le 18 octobre, il y a la possibilité d’un gouvernement minoritaire, comme l’a évoqué Georg Milbrandt, Premier ministre de la Saxe. Selon la constitution, Schröder démissionnera et un autre candidat (Merkel), pourrait se présenter devant le Parlement qui l’élira en trois tours au suffrage secret : deux tours à la majorité absolue, le dernier à la majorité relative. Si cette dernière tentative de constituer un nouveau pouvoir politique en Allemagne échoue, le président de la république, Horst Köhler, dissoudra le Parlement et convoquera de nouvelles élections.

Quel peut être l’impact de cette situation sur la politique étrangère, ainsi que sur le couple franco-allemand et l’Union européenne ?

Le couple franco-allemand fonctionne bien, il est quasiment en pilote automatique. C’est un aspect sur lequel il ne faut pas se soucier. En revanche, on peut difficilement s’imaginer aller plus loin dans sa construction à l’heure actuelle : le gouvernement allemand n’est pas constitué, et sera assez faible selon toute probabilité. Quant à la France, rien n’avancera réellement avant l’élection présidentielle de 2007. Les deux pays sont frappés par une crise économique, qui les amène à se concentrer sur leur politique intérieure, notamment fiscale. Au niveau communautaire, le couple franco-allemand ne joue pas un rôle moteur en ce moment. Cela est devenu évident le 29 mai, et criant au Sommet européen sur le budget. Espérons son retour et de nouvelles initiatives en 2007.

Sur le plan transatlantique, aucun changement radical n’est probable vu les résultats qui ne donnent pas des majorité confortables à ceux qui souhaitaient aménager la politique de Schröder. Réformes douces - espérons-le -, continuation, et pas de blocages devraient donc être à l’ordre du jour !

Susanne Nies / pour l’IRIS et Yahoo ! Actualités / 20 septembre 2005




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