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Chine/Japon : «on pourrait constater un renforcement des positions du Japon favorisant ainsi son émergence en tant que pôle d'équilibre politique au sein du Conseil de sécurité».

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Quels sont à l'heure actuelle les différends sino-japonais ?

Les relations entre la Chine et le Japon ne sont pas bonnes pour plusieurs raisons qui, pour l'essentiel, tiennent à la nature du régime chinois. Officiellement, selon Pékin, Tokyo refuse d'analyser le rôle du Japon pendant la Guerre, manifestant ainsi l'absence de vraie rupture avec la période militariste. Ces accusations rééditées périodiquement reposent à la fois sur la réalité des exactions japonaises pendant la 2e Guerre mondiale ainsi que sur l'autorisation de publication d'un manuel d'histoire qui ne parle que des "nombreuses victimes chinoises" sans reprendre les chiffres officiels revendiqués par Pékin. Pour la Chine toutefois, le fond du problème réside dans la nécessité absolue, pour le pouvoir, de construire l'image d'une suprématie chinoise en Asie serait le Parti communiste, idéologiquement très affaibli, serait le garant. Dans ces conditions, l'émergence du Japon en tant que puissance politique symbolisée par la candidature de Tokyo au Conseil de sécurité de l'ONU qui viendrait s'ajouter à la dimension économique de la puissance japonaise, émergence n'est pas acceptable et doit être combattue par tous le moyens le premier d'entre eux étant le refus de l'oubli des fautes passées.

Les positions négationnistes semblent toujours aussi présentes au Japon. Comment l'expliquez-vous ?

Il est indéniable que la nouvelle génération de politiciens japonais qui a progressivement émergée depuis la fin de la Guerre froide adopte sur les questions historiques une attitude beaucoup moins conciliante. Dans la population, les sentiments positifs à l'égard de la Chine sont également en chute libre alors que les attentes étaient très fortes à la fin des années 1970. On trouve à ceci plusieurs raison dont l'émergence d'un sentiment d'insécurité très net dans la population, paradoxalement beaucoup plus prononcé qu'au cours de la Guerre froide. La conjugaison de ce sentiment de vulnérabilité, d'isolement et d'incompréhension pour ces préoccupations de la part d'autres puissances, contribue à renforcer les tentations de repli et d'autojustification présentes dans la société, dont se font l'écho certains courants politiques "néo-conservateurs". Pour ces derniers, la spirale des excuses et des accusations sans fin doit être rejetée sans culpabilité dans la mesure où elle n'a en rien permis d'améliorer les relations avec le voisin chinois. Autour du thème de retour à la "normalité" du Japon, Tokyo refuse de plus en plus fermement d'être enfermé dans une problématique "historique", essentiellement provoquée par les nécessités idéologiques internes du régime chinois. Pour répondre à ces accusations, le gouvernement japonais a proposé à Pékin de créer une commission d'histoire commune chargée de réfléchir sur le passé, sur le modèle de ce qui a été mis en place avec la Corée en 2002.

Pensez-vous que la tactique de Pékin puisse fonctionner et nuise à la candidature du Japon à un siège permanent de l'ONU ?

Dans le contexte général du débat sur la réforme de l'ONU, Pékin a pu espérer obtenir un ajournement des décisions, justifié par les risques de "troubles" qui auraient permis à la direction chinoise de repousser l'acceptation du Japon au Conseil de sécurité sans avoir à se prononcer ouvertement par veto. Il n'est pas certain toutefois que les manifestions organisées aient joué en faveur des thèses chinoises. On pourrait au contraire constater un renforcement des positions du Japon, perçu comme plus "responsable" et susceptible d'équilibrer la puissance de Pékin en Asie, favorisant ainsi son émergence en tant que pôle d'équilibre politique au sein du Conseil de sécurité.

3 questions à Valérie Niquet / lettre d'information de l'IRIS n°124 / 21 avril 2005




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