|
Doit-on craindre la nomination probable de Paul Wolfowitz à la tête de la Banque mondiale?
De nombreux Européens, Français en particulier, voient d'un très mauvais oeil l'arrivée de l'ancien numéro deux du Pentagone à la Banque mondiale. Au cours des quatre dernières années, Wolfowitz s'est surtout fait connaître pour ses positions unilatérales sur la question irakiennes et en faveur d'une lutte contre le terrorisme se traduisant par l'utilisation de la force armée. C'est un néoconservateur que le Président Bush a proposé à la tête de l'instance internationale, et cet effet d'annonce s'est accompagné de vives réactions d'hostilité. Pour autant, cette nomination, déjà acceptée par de nombreux gouvernements européens, y compris l'Allemagne, ne doit pas être perçue comme le triomphe des idées néoconservatrices, mais plutôt comme la volonté de l'Administration Bush à les exploiter autrement. En effet, si les thèses des néoconservateurs ont effrayé lors de la campagne irakienne, elles plaident parallèlement en faveur d'un renforcement de l'aide internationale en direction des pays pauvres, et à cet égard la future fonction de Paul Wolfowitz ne devrait pas s'accompagner d'un bouleversement sensible des activités de la Banque mondiale, bien au contraire. Le seul volet sur lequel les inquiétudes demeurent toutefois concerne les conditions selon lesquelles les Etats pauvres pourront recevoir une aide supplémentaire, et c'est à ce titre qu'il faudra éviter une approche trop manichéenne de l'organisation consistant à donner plus à ceux qui garantissent une lutte contre le terrorisme renforcée (mais le peuvent-ils vraiment?), aux dépends de ceux considérés (mais par qui?) comme non fiables dans ce domaine.
Les choix de l'Administration Bush II traduisent-ils un changement de politique étrangère?
Comme nous l'avons vu de façon très nette à l'occasion de la visite de George W. Bush en Europe, mais également par les déclarations successives de Condi Rice, et même des faucons les moins flexibles, comme Cheney et Rumsfeld, la politique étrangère de cette Administration repose davantage sur le partenariat et la concertation que sur l'unitéralisme. Il s'agit donc d'une rupture, qui était déjà amorcée avant la réélection de Bush. Elle s'explique avant toute chose par la nécessité pour Washington de revoir sa politique étrangère, devant les difficultés rencontrées en Irak, et surtout une opposition internationale de plus en plus vive. Comme l'ont rappelé de nombreux experts tant républicains que démocrates, la priorité de cette Administration en matière de politique étrangère est de restaurer l'image de Washington dans le monde. Pour cette raison, il n'est pas surprenant de voir les Etats-Unis adopter un ton plus conciliant avec les partenaires européens, ni de voir Washington s'intéresser de plus près au rôle des institutions internationales, tout en privilégiant une réforme que les experts américains s'accordent à considérer indispensable.
L'Administration Bush souhaite-t-elle donc se servir des institutions internationales pour défendre ses propres intérêts?
Oui, mais doit-on les critiquer pour cela? Ce qui doit mériter notre attention, c'est la façon dont Washington pourrait réformer ces institutions, plus que le fait de vouloir justifier leurs actions. Si la nomination de Paul Wolfowitz semble ne pas être un réel sujet d'inquiétude, la proposition de George W. Bush de nommer John Bolton comme Ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU est en revanche le vrai signe d'un changement. Il convient de rappeler que de nombreux diplomates américains se sont exprimés contre cette nomination, qui nécessite une ratification du Sénat, considérant, à juste titre, que les idées défendues par l'ancien secrétaire d'Etat adjoint chargé des questions de non prolifération sont totalement opposées au principe même du désarmement que l'ONU entend promouvoir. Principal artisan du retrait du traité ABM et d'une redéfinition de la politique de dissuasion de Washington, John Bolton pourrait difficilement paraître crédible dans ses contacts avec les organismes chargés du désarmement, qu'il considère inefficaces et dépassés. Dès lors, nous pouvons voir dans cette proposition de nomination le signe manifeste du souhait de Washington de réformer les institutions internationales, en particulier l'ONU.
3 questions à Alain Marsaud, Député de la Haute-Vienne, ancien magistrat anti-terroriste et membre du Conseil d’administration de l’IRIS / lettre d'information de l'IRIS n°120 / 10 mars 2005
Ce point de vue est libre de droit. Si vous désirez l'utiliser, merci de contacter Gwenaëlle Sauzet (sauzet@iris-france.org ou 01 53 27 60 87)
|