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Revue de presse
Le manichéisme de Finkielkraut
Pascal BONIFACE par Nicolas Guillermin (L'Humanité, 23 juin 2010)
A la tête de l'Institut de relations internationales et stratégiques. Pascal Boniface vient de publier La Coupe du monde dans tous ses états (Larousse), ainsi que Football et Mondialisation, aux Éditions Armand Colin.
Comment réagissez-vous aux propos d'Alain Finkielkraut qui explique la débâcle de l'équipe de France par " les divisions ethniques et religieuses qui minent cette équipe " ?
A partir d'un vrai problème de vie dans le groupe, Alain Finkielkraut tire des conclusions inexactes puisqu'il attribue ce manque de cohésion à des questions ethniques et religieuses, et c'est tout à fait hors de propos. Mais malheureusement, on voit qu'il a de plus en plus tendance à trouver des explications ethniques et religieuses à de nombreux problèmes. Il y a une logique dans sa pensée, car, pour lui, émeutes de banlieues = problèmes ethniques, donc équipe de France de football - dont certains joueurs sont issus de la banlieue - qui perd = problèmes ethniques. C'est quand même triste de voir quelqu'un qui se dit philosophe arriver à un tel manichéisme de la pensée.
Un tel amalgame est très réducteur car ne s'agit-il pas avant tout d'un problème d'individus ou de groupe?
Oui, car les rivalités dans une équipe, c'est courant. On a vu qu'il y avait ce type de problèmes dans d'autres équipes, sans que la composition ethnique ou religieuse ne soit en cause. C'est vraiment ramener à un seul et principal motif les causes qui sont extrêmement diverses.
Alain Finkielkraut ne confond-il pas tout en attaquant les joueurs sur leurs origines sociales?
À partir du moment où ce sont des jeunes issus de la diversité qui viennent de banlieue, il y a un soupçon chez Finkielkraut... Il répond de façon globalisée en mettant les 23 joueurs dans le même sac, mais on ne peut pas généraliser ! En plus, il les accuse de ne pas bien parler le français, mais je suis désolé, on ne prend pas les joueurs de l'équipe de France parmi les majors de la promotion de l'X (Polytechnique où Alain Finkielkraut enseigne - NDLR). D'ailleurs, si Finkielkraut parle, lui, un français très correct, à l'image de Jean-Marie Le Pen dont il rejoint de plus en plus souvent les thèses, on peut dire que l'expression de sa pensée l'est beaucoup moins.
Comment expliquer son attaque sur les origines des joueurs ?
Assez peu d'intellectuels osent mettre en cause Finkielkraut. Les sportifs, eux, ont osé le faire lorsqu'il a fait sa sortie en 2005 sur le nombre excessif, selon lui, de Noirs dans l'équipe, en parlant de l'équipe de France " black, black, black ". Et aujourd'hui, on a l'impression en fait qu'il ne leur a pas pardonné et qu'il tient là sa vengeance.
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