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Revue de presse
Un empire pacifique et cathodique
par Pascal BONIFACE (Le Monde, 15 juin 2010)
Plus encore que sur celui de Charles Quint, de la reine Victoria ou des Etats-Unis à la fin du XXe siècle, le soleil ne se couche jamais sur l'empire du football. Celui-ci s'est établi en un peu plus d'un siècle, mais cette conquête a été pacifique. C'est avec l'adhésion, l'enthousiasme et la passion des peuples conquis que le football a bâti son empire. Ici, l'occupation est désirée et on ne voit pas encore de nation demandant à en être libérée.
Tout est parti de la Freemason'sTavem de Londres où 17 représentants de public schools se réunirent, le lundi 26 octobre 1863, pour unifier les règles du football, dont la pratique se développait dans les établissements scolaires les plus prestigieux du royaume. Ces 17 apôtres créaient ainsi une église universelle qui allait se répandre plus largement et plus rapidement que le christianisme.
Inventé en Angleterre, le football commença sa conquête, très logiquement, par la mer. Les premiers clubs professionnels furent fondés dans des villes portuaires - Le Havre, Bilbao, Gênes, Hambourg, Barcelone, Hanovre. Par la suite, le chemin de fer allait permettre une incursion plus profond dans les terres. Les ingénieurs chargés de la construction des voies ferrées enseignaient les joies du ballon rond.
Les jeunes gens des élites, qui venaient suivre leurs études dans les collèges anglais, jouèrent un rôle important dans la diffusion de ce sport puisqu'ils rapportaient pendant les vacances ballon et envie de jouer. Le Commonwealth fut également un facteur important de diffusion du football.
A partir des années 1930, c'est par la radio que la conquête continue. On tend l'oreille d'abord pour écouter le résultat, puis poursuivre le commentaire du match. Mais c'est bien sûr la télévision qui a donné au football son caractère d'empire universel. Elle fait de la nation un stade géant dans lequel chacun peut prendre place. Ce qui constitue un facteur puissant de soutien à l'équipe nationale.
Pendant très longtemps, les responsables du football ont craint que les retransmissions télévisées ne vident les stades. C'est l'inverse qui s'est produit. La première Coupe du monde à être télévisée fut celle organisée en Suisse en 1954. En 1962, au Chili, il faut attendre l'arrivée des bobines par avion pour pouvoir regarder la retransmission du match. 1970 voit l'apparition de la télévision en couleurs.
Le nombre de matchs retransmis et de téléspectateurs ne cesse d'augmenter. On estime à 2 milliards le nombre de personnes qui vont regarder la finale, le 11 juillet. Les retransmissions télévisées atteignent les endroits les plus inattendus. En 2006, les moines bouddhistes de Thaïlande avaient reçu le feu vert des autorités religieuses et politiques du pays pour regarder Mondial, à condition de rester calmes et de ne pas parier.
Enfin, c'est la télévision qui fait des stars du football des icônes mondiales, connues et reconnues dans le monde entier.
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