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Jean-Yves Camus


"Il n'y a pas de vague nationale-populiste en Europe"
Jean-Yves CAMUS par Fabrice Aubert (TF1, 15 juin)



Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême-droite en Europe, relativise sur TF1 News la montée des radicalismes, symbolisée par les bons scores réalisés par le PVV de Geert Wilders aux Pays-Bas et par la N-VA de Bart De Wever en Belgique.

La percée de Geert Wilders aux Pays-Bas et la victoire du N-VA en Flandre lors des législatives belges sont-elles le signe d'un basculement populiste ?

Jean-Yves Camus : Ce sont deux phénomènes différents qui sont le résultat de deux conjonctures elles-aussi différentes. Aux Pays-Bas, malgré la manière dont il est présenté par beaucoup de médias occidentaux, le PVV (Parti de la liberté) de Geert Wilders n'est pas un parti d'extrême-droite. Geert Wilders a par exemple été l'assistant parlementaire de Frits Bolkestein (ndlr : l'ancien commissaire européen au Marché intérieur rendu célèbre par sa directive sur les services dite "directive du plombier polonais") et a été député du VVD (ndlr : le parti libéral de droite).

Pour comprendre le phénomène Wilders, il faut le relier à Pim Fortuyn (ndlr : le leader populiste assassiné en 2002). Comme lui, il représente la même droite décomplexée qui affiche ouvertement son refus d'une société où l'islam -et pas seulement l'islamisme- serait visible. C'est en fait un homme de droite qui n'a qu'une seule obsession : le multiculturalisme, pilier de la société néerlandaise, et l'islam. Il compare ainsi le Coran à Mein Kampf et fait donc campagne aujourd'hui sur deux thèmes principaux : le refus de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et contre le multiculturalisme. Mais son score n'est pas seulement fonction de ses positions. Il y a un vrai débat actuellement dans la société néerlandaise pour savoir si le pays est allé trop loin dans le multiculturalisme. Le PVV accompagne ce débat.

Peut-on comparer Geert Wilders à un homme politique français ?

Non. Certes, Geert Wilders se situe à l'extrême-droite de la classe politique néerlandaise puisqu'il n'y a plus aucun parti à sa droite, à part quelques groupuscules qui vivotent tant bien que mal. Mais il n'est en rien représentatif de l'extrême-droite comme on l'entend, c'est-à-dire l'extrême-droite liée aux fascismes. A l'instar de la Ligue du Nord ou de l'UDC en Suisse, il représente une nouvelle catégorie de partis xénophobes, qui ont beaucoup de crédit dans leur pays, mais qui ne se rattachent pas à l'extrême-droite.

Il fait ainsi aussi campagne pour la mise en place d'une forte protection sociale pour les classes favorisées et contre l'allongement de l'âge de la retraite. Sur ces points, il se rapproche plutôt des thèmes de l'extrême-gauche. De même, il est pro-israélien. L'antisémitisme d'une partie des musulmans néerlandais lui permet d'avoir des relais dans la communauté juive néerlandaise et dans l'Etat d'Israël. Les félicitations adressées par Bruno Gollnisch jeudi sont donc un acte unilatéral. Geert Wilders n'a jamais sollicité l'appui, ni même de rendez-vous, avec le Front national français.

En Belgique, que signifie la percée des séparatistes flamands ?

Il s'agit là d'un énième épisode de la marche vers un pays confédéral où coexisteront trois entités : la Flandre, la Wallonie et Bruxelles. Chacune sera totalement autonome. Seules les compétences régaliennes seront gérées par le gouvernement. Mais contrairement à ce qu'on peut lire ou entendre dans les médias, la N-VA n'est pas populiste. C'est simplement un parti conservateur de droite et républicain -il faut bien souligner cet aspect républicain. Il n'est pas plus populiste qu'une autre formation flamande.

A force d'être trop utilisé, le terme 'populiste', qui désigne normalement un parti xénophobe et qui décrédibilise les élites, finit par être galvaudé. Peut-on en effet utiliser ce terme très péjoratif pour les partis qui ne font qu'émettre un avis négatif sur les élites ?

PVV aux Pays-Bas, FN en France, Ligue du Nord en Italie. Les dernières élections tenues en Europe ont néanmoins montré une percée de ces partis contestataires de droite.

Certes. Mais il y a aussi des contre-exemples. En Slovaquie, le Parti national slovaque (SNS) n'a récolté que 5% aux législatives de ce week-end contre le double lors du précédent scrutin. En Autriche, la candidate du FPÖ à la présidentielle d'avril, Barbara Rosenkranz, n'a obtenu que 15% (ndlr : en 2008, le FPÖ avait atteint 30% aux législatives). Et même en France, si le FN a progressé entre 2007 et 2010, il était en recul par rapport aux précédentes régionales de 2004. Au Royaume-Uni et en Allemagne, l'extrême-droite n'a également pas fait de bons scores aux législatives.

Il est donc difficile de parler d'une vague nationale-populiste en Europe actuellement. Au contraire. Comme on a encore pu le voir avec les Pays-Bas, la République tchèque ou la Hongrie, les électeurs font souvent le choix de formations de la droite classique qui promettent des mesures d'austérité. Bref, la crise ne favorise pas obligatoirement l'extrême-droite.

La comparaison entre la situation actuelle et les années 30 est-elle exagérée ?

Tout à fait. Il y a une différence massive : celle des filets de protection instaurés par les Etats. Dans les années 30, il n'y avait ni assurance chômage ni sécurité sociale. Et le contexte est totalement différent. La crise avait alors eu lieu une dizaine d'années après la fin de la 1re Guerre mondiale, qui était encore présente dans tous les esprits. Il n'y a eu aucun fait similaire en Europe depuis 1945. Le parallèle avec les années 30 me paraît donc inutile et alarmiste.

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