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Revue de presse
La Coupe du monde la plus risquée de l'histoire
Pascal BONIFACE par Marc Beaugé (Les Inrockuptibles, 9 juin 2010)
Quels sont les enjeux politiques et humains de cet événement footballistique organisé pour la première fois sur le sol africain ? L'avis d'un géopolitologue fan du ballon rond.
Quel va être l'impact de cette Coupe du monde pour l'Afrique du Sud ?
A court terme, un léger impact matériel. Pour accueillir une compétition de ce genre, on construit des stades, des routes, des hébergements. C'est positif pour la population, cela crée des emplois et peut s'avérer rentable financièrement si l'on continue d'utiliser les stades après la compétition. Mais l'impact premier, central, c'est bien sûr l'image. La Coupe du monde est le plus grand événement qui soit, toutes catégories confondues. En audience cumulée, tout au long de ta compétition, on estime qu'il y aura entre 20 et 40 milliards de téléspectateurs. Pour l'Afrique du Sud, cela représente une publicité exceptionnelle, susceptible d'attirer en masse les touristes et investisseurs. Mais cela impose que l'organisation soit à la hauteur. L'enjeu, c'est la sécurité et', de ce point de vue, il s'agit de la Coupe du monde la plus risquée de l'histoire. En 1978, la compétition avait eu lieu sous la dictature militaire en Argentine ; en 1986, au Mexique, le contexte était tendu également. Mais, à l'époque, les gens circulaient moins à l'intérieur du pays pour assister aux matches. Là, ils seront très nombreux. Il faudra assurer leur sécurité. 11 n'existe, on le devine, aucune garantie en cette matière. On peut se rassurer en se souvenant que la Coupe du monde de rugby en 1995 s'était très bien passée, mais dans un contexte plus porteur, presque euphorique. C'était un an après la fin de l'Apartheid.
Le risque est justement que cette Coupe du monde soit uniquement celle des Blancs...
Il sera très intéressant de regarder la composition des tribunes. A priori, les Blancs ont plus les moyens d'acheter des places de match. Mais en Afrique du Sud, et contrairement au rugby, le football est beaucoup plus populaire chez les Noirs...
Pour quel autre pays cette Coupe du monde aura-t-elle un impact géopolitique ?
Le football ne provoque jamais directement un événement politique. Mais en influant sur l'image et le prestige d'un pays, plus que sur sa souveraineté, il peut permettre des rapprochements diplomatiques mesurés, moins lourds de conséquence. En 1998, lors de la Coupe du monde en France, les Etats-Unis avaient affronté l'Iran. C'était une période de rapprochement entre les deux pays, et le match avait permis de rendre public ce rapprochement, de le magnifier. Cette fois, la Corée du Nord est qualifiée. Ce sera très intéressant à observer. Après la Coupe du monde 66 à laquelle le pays avait déjà participé, les dirigeants communistes avaient reproché aux joueurs d'être devenus des stars... Comment les choses vont-elles se passer cette fois ? Concrètement, quelles images passeront à la télévision en Corée du Nord ? Pour le régime, c'est à double tranchant. Il peut se servir des succès de l'équipe pour sa propre gloire, mais il court aussi le risque de montrer aux Nord-Coréens qu'il existe un autre monde. Cette qualification pour la Coupe du monde oblige la Corée du Nord à une certaine ouverture. Ça ne va pas mener le pays vers la démocratie, évidemment, mais participer à cet événement, c'est déjà s'insérer dans le monde.
En France, les sondages constatent un dés-amour du public pour les Biens. Quand on aime moins son équipe nationale, on aime moins son pays ?
On ne peut pas dire cela. Avant la Coupe du monde 98, il n'y avait pas d'engouement particulier autour de l'équipe de France. On critiquait Jacquet, comme Domenech aujourd'hui. L'adhésion est venue au fil des matchs et des victoires. Si les Bleus gagnent leurs premiers matchs en Afrique du Sud, ce sera la même chose, les gens se retrouveront derrière eux. Ils oublieront tout ce qu'on a dit sur Domenech. Ils oublieront la façon dont l'équipe s'est qualifiée pour cette Coupe du monde (grâce à un but inscrit suite à une main de Thierry Henry, contre l'Irlande).
La distance n'augmente - telle pas entre les supporteurs et les joueurs, de plus en plus starisés, de mieux en mieux payés ?
Je ne crois pas. Il y a de plus en plus d'argent dans le foot, c'est un fait établi de longue date. Platini gagnait dix fois plus que Kopa. Zidane gagnait dix fois plus que Platini, Cela choque certains parce que le football est un sport populaire et que l'on a du mal à accepter pareils salaires pour un loisir commun. Déjà, dans les années 1950, les gens criaient à Kopa : "Troppayé, retourne à la mine !" Mais on n'entend jamais ces critiques quand un joueur est bon et que son équipe gagne. En football, c'est simple : ce sont les résultats qui font la popularité ou l'impopularité.
Le débat sur l'identité nationale étant semble dans le football, certains observateurs, dont Eric Besson, ont souligné qu'il n'y avait aucun joueur d'origine maghrébine dans la sélection française".
Oui, on a même essayé de faire le procès de Domenech en insinuant que c'était un choix raciste. C'est regrettable, autant que d'affirmer qu'il y a trop de Noirs ou d'Arabes chez les Bleus. Il n'y a pas de quotas, c'est uniquement le mérite du joueur qui compte. En l'occurrence, Nasri, Ben Arfa et Benzema n'ont pas réalisé une saison assez remarquable pour s'imposer. Leur exclusion est donc tout à fait cohérente. Elle l'est d'autant plus que lors de l'Euro 2008, Benzema et Nasri avaient du mal à s'entendre avec d'autres joueurs, des joueurs importants. Dans la composition d'un groupe, cela compte aussi.
PASCAL BONIFACE - Géopolitologue, enseignant, fondateur et directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques {(RIS), Pascal Bonlface est aussi un grand fan de foot. Il a publié plusieurs ouvrages sur le sujet, dont Football et mondialisation (Armand Colin, 2006). Derniers ouvrages parus ; La Coupe du monde dans tous ses états (Larousse, 2010) et Je comprends le monde : le cahier de vacances de géopolitique (CNRS, 2010).
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