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Revue de presse
On a affaire au gouvernement le plus à droite de l’histoire israélienne
Pascal BONIFACE par Henri Vernet (Le Parisien, 1er juin 2010)
Directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), Pascal Boniface a publié avec Hubert Védrine « l’Atlas du monde global » (Armand Colin/Fayard).
Quelles peuvent être les conséquences d’une telle action? Une nouvelle Intifada?
Non, dans la mesure où ce ne sont pas des Palestiniens qui ont été attaqués dans les eaux internationales, mais des étrangers. S’attaquer à un convoi humanitaire, quels que soient les engagements politiques de ces ONG, est un acte gravissime. En visant de tels acteurs, qui bénéficient d’un courant de sympathie sur la scène internationale, Israël a franchi un cap. C’est catastrophique pour son image. Cela peut provoquer un choc tel dans l’opinion mondiale qu’il ne sera plus possible pour Israël de lancer ce genre d’action sans en payer un certain prix.
Pourquoi avoir pris un tel risque?
Il y a peut-être une trop grande confiance des Israéliens dans leurs capacités militaires.
Et ils ne s’attendaient sans doute pas à une résistance de ces civils, à ce qu’il y ait autant de morts. Ce qui devait être une opération de police vire au fiasco militaire. Mais il est vrai aussi qu’on a affaire au gouvernement le plus à droite de l’histoire israélienne, adepte des manières fortes. C’est dans la méthode de Netanyahou.
Il y aura donc des retombées diplomatiques…
Oui. A commencer par la Turquie, qui était pourtant le meilleur allié d’Israël dans la région, les deux pays ayant même des accords militaires. Désormais, sauf changement de gouvernement à Jérusalem, il sera impossible pour Ankara de conserver une relation stratégique avec Israël. Quant aux Etats-Unis et aux Européens, ils vont devoir répondre aux opinions et ne pourront pas ne rien faire.
Et les pays arabes?
Les Etats arabes modérés comme l’Egypte ou la Jordanie, même s’ils ne portent pas le Hamas dans leur cœur, devront eux aussi compter avec leurs opinions chauffées à blanc. S’il n’y avait aucune sanction contre Israël, la colère de la rue serait très grande.
Quel type de sanction?
C’est là qu’on va voir si les choses changent. Une simple résolution condamnant l’action sera insuffisante. Mais jusqu’ici les pays occidentaux se sont toujours interdit de sanctionner Israël, qui a développé une culture d’impunité, se présentant comme étant en danger. Mais comment prétendre que ce convoi menaçait sa sécurité? Même si certaines ONG de la flottille peuvent avoir des liens avec des groupes islamiques, avec le Hamas, les accuser de relation avec Al-Qaïda est grotesque : le Hamas et Al-Qaïda n’ont aucun lien.
Peut-il y avoir une crise politique en Israël?
Si cela menait à une prise de conscience et si le gouvernement Netanyahou tombait, ce serait la seule bonne nouvelle de ce drame.
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