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Revue de presse
Les relations entre la France et l'Afrique restent complexes
Philippe HUGON par Clémence Richard (Messages, mai 2010)
Philippe Hugon, directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques (lirîsl), insiste sur la nécessité de normaliser les relations entre la France et l'Afrique.
Qu'est-ce qui se cache derrière l'expression "Françafrlque" ?
Ce terme a été utilisé pour la première fois en 1955 par le président de la Côte d'Ivoire en exercice à l'époque, Félix Houphouët-Boigny, pour désigner les relations privilégiées de la France et de l'Afrique. Il a été repris de manière négative plus tard par des ONG et des organismes militants, notamment par feu François-Xavier Verschave, ancien président de Survie. Ce dernier voulait dénoncer les réseaux et la diplomatie parallèle, ainsi que les interventions militaires de la France en Afrique. Dans son esprit, la "Françafrique" désignait le non-respect d'un certain nombre de règles entre des sociétés privées françaises et africaines, ainsi que la relation entre la cellule élyséenne et les réseaux parallèles animés par Jacques Foccart, lui aussi décédé. Bien que je sois persuadé de l'absolue nécessité de dévoiler ces relations franco-africaines plus ou moins occultes, il me semble que le terme "Françafrique" est trop simpliste et réducteur. Il ne prend pas en compte les évolutions de ces relations.
Comment définiriez-vous donc la politique de la France en Afrique ?
Les relations entre l'Afrique et la France sont très complexes et complexées. Complexes car la France vise des objectifs multiples (militaires, politiques, culturels, économiques, humanitaires), bien souvent contradictoires. Tout d'abord dans la défense de la francophonie. La France a une politique du meilleur mais aussi du pire, car elle soutient des régimes condamnables. Il existe donc une diplomatie parallèle qui est une spécificité bien française. Les intérêts économiques de la France en Afrique sont importants, ainsi que l'attestent ces entreprises qui s'appuient sur les politiques pour avoir plus de poids. Toutefois, dans le jeu économique actuel, les entreprises françaises perdent des parts en Afrique depuis l'arrivée des Américains et des Chinois. L'essentiel des intérêts économiques français se trouve désormais hors de l'ex-empire colonial, en Afrique du Sud, en Angola ou au Nigeria.
Pourquoi ne met-on pas un terme à ces relations occultes ?
Je pense que tant que ne sera pas fait un travail de mémoire sur les colonisations, ces relations condamnables perdureront. Nous restons dans une situation où le cordon ombilical entre la France et l'Afrique n'a pas été coupé. Malgré la volonté de mettre un terme à la "Françafrique" affirmée par Nicolas Sarkozy, des survivances persistent.
Des interventions militaires sont encore présentes sur le territoire africain, bien qu'elles soient en voie de très forte réduction et que les accords de coopération à volet militaire ou les accords de défense soient en cours de renégociation. La France reste donc la principale force européenne en Afrique. Sur le plan politique, les réseaux d'influence fonctionnent toujours.
Vers quoi devraient tendre les relations entre la France et l'Afrique ?
Elles devraient avant tout faire l'objet de débats démocratiques et être davantage européanisées. L'Afrique devrait pouvoir créer des relations privilégiées avec d'autres pays européens. Il aurait été préférable, par exemple, que la force d'action européenne en Côte d'Ivoire ne soit pas la Licorne française mais plutôt une force d'un autre pays européen. Surtout, il faut davantage de cohérence dans nos politiques françaises en Afrique et davantage de débat public.
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