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Revue de presse


Nick Clegg et le leadership britannique en Europe
par Pascal BONIFACE et Fabio LIBERTI (Les Echos, 28 avril 2010)



Le Parti libéral-démocrate va-t-il venir au pouvoir au Royaume-Uni ? La question n'est plus une hypothèse que l'on balaye aussitôt après l'avoir posée comme ce fut le cas ces dernières décennies. Nick Clegg, le leader de ce parti, dispose d'un charisme qui dépasse celui de ses concurrents directs. Les électeurs britanniques, pour fatigués qu'ils soient des travaillistes, qui restent marqués au fer rouge de leur soutien à la guerre d'Irak, peuvent être effrayés du programme social et fiscal des conservateurs. Nick Clegg en joue habilement, en se présentant comme le candidat anti-système, tout en ayant les marques de la respectabilité. C'est une perspective réaliste, fût-ce dans le cadre d'une coalition. Ce serait en tout cas une excellente nouvelle, pour les Britanniques, mais également pour tous ceux qui veulent voir l'Europe devenir enfin un acteur global sur la scène internationale. La priorité numéro un de ce parti est la lutte contre le réchauffement climatique. Avec comme objectif zéro carbone en 2050, la Grande-Bretagne deviendrait l'un des pays leaders dans ce domaine au sein de l'Union. Les « lib-dems » proposent de négocier avec les pays en développement pour la réduction de leurs émissions contre un soutien financier, et que l'Union européenne joue un rôle clef au sein des différentes organisations internationales, pour lier lutte contre le réchauffement climatique et aide au développement. Les « lib-dems » proposent également de taxer les transactions financières ainsi que le trafic aérien pour financer le développement. Sans remettre en cause la présence britannique en Afghanistan, Nick Clegg estime que les soldats y ont été envoyés sans être suffisamment équipés. Il propose une vaste révision stratégique de la défense britannique, d'annuler la dernière tranche 3 de l'Eurofighter et de ne pas remplacer la totalité des armes nucléaires Trident. Il ne s'agit pas comme cela a été dit rapidement de dénucléariser le Royaume-Uni, mais de réduire le nombre de têtes. Les « lib-dems » parlent du renforcement de la coopération de la défense franco-britannique et, plus généralement, de la coopération européenne, notamment pour réduire les coûts d'achat de matériel de défense.

Rompant avec l'habituelle position britannique, ils proposent une nouvelle réglementation du système financier et bancaire, ainsi que l'adoption à moyen terme de l'euro par Londres. Le Royaume-Uni est favorable à l'idée d'une Europe acteur global, notamment pour faire face à la concurrence des nouvelles puissances émergentes. Leur ambition est de donner un rôle de leader en Europe à la Grande-Bretagne et non plus de frein. La redynamisation de la politique étrangère britannique donnera une impulsion bienvenue à la politique étrangère européenne.

D'un point de vue français, certaines propositions des « lib-dems » peuvent a priori effrayer, notamment la révision de la politique agricole commune. Mais, quelle que soit la configuration politique, la France devra de toute façon faire face à des assauts contre la PAC. Certains esprits frileux pourraient craindre qu'une réduction du nombre d'armes nucléaires britanniques ferait peser une contrainte indirecte sur la France pour en faire de même. Ce serait oublier l'avantage majeur d'avoir une Grande-Bretagne qui pourrait rejoindre une Allemagne débarrassée de ses inhibitions de la Guerre froide et la France, pour que les trois pays principaux de l'Union européenne donnent l'impulsion à une Europe plus active, plus autonome, sur la scène internationale. Ils pourront former avec d'autres pays qui partagent cette ambition (Espagne, Belgique, Grèce) un noyau dur qui permette à l'Europe d'être elle-même et de plus peser sur la scène internationale. Cela mettrait fin à la malédiction qui veut qu'une Europe-puissance n'est pas réalisable sans le Royaume-Uni, mais est impossible avec lui.

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