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Revue de presse
Philippe Hugon


La France ne peut plus jouer le gendarme de l'Afrique
par Philippe HUGON (Continental, avril 2010)



Directeur de recherches à l'Institut de relations internationales et stratégiques, à Paris, Philippe Hugon n'est pas surpris par la révision des accords de défense et de coopération militaire entre la France et ses anciennes colonies. Il s'en explique à Continental.

Croyez-vous qu'avec la révision des accords militaires entre la France et ses anciennes colonies d'Afrique, Nicolas Sarkozy amorce une véritable rupture de la politique africaine de la France ?

Une rupture totale, peut-être pas. Mais sans doute une forte inflexion, inspirée des recommandations du Livre blanc sur la politique de défense et dont Nicolas Sarkozy a tracé les grandes lignes dans son discours prononcé en février 2008 au Cap, en Afrique du Sud. À savoir une réduction substantielle du dispositif militaire de la France en Afrique, et donc la fermeture de la majorité de ses bases militaires. Autre élément novateur, les nouveaux accords doivent être rendus publics et présentés au Parlement. Ce qui, normalement, devrait mettre fin à l'existence des clauses secrètes si décriées. Désormais, la France et les pays africains seront liés par des accords de " partenariat ", destinés à les aider à bâtir leur propre dispositif de sécurité.

A en croire Josselin de Rohan, président de la Commission des affaires étrangères et de la défense au Sénat, des clauses secrètes subsisteront peut-être. Jusqu'où ira la rupture?

Comme dans tout accord militaire, ceux-ci pourraient effectivement contenir des clauses secrètes en rapport, notamment, avec la lutte contre le terrorisme, la piraterie, le trafic de drogue ou d'autres menaces extérieures contre les États signataires. Mais il m'étonnerait que ces éventuelles clauses secrètes soient liées, comme auparavant, à la sécurité personnelle des dirigeants politiques africains au pouvoir et à leur évacuation en cas de coup d'État interne ou de soulèvement populaire.

Sur quelles raisons profondes se fonde ce virage de Nicolas Sarkozy ?

Cela est dû à la conjonction de plusieurs phénomènes. D'abord, la France ne veut et ne peut plus jouer le gendarme de l'Afrique. Elle a donc décidé, dans le domaine militaire, de rompre son tête-à-tête avec les pays africains et d'agir dans le cadre soit des Nations unies, soit de l'Otan (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord), dont elle vient de rejoindre le commandement intégré, soit d'un dispositif européen - ce qui n'est d'ailleurs pas toujours du goût de ses partenaires de l'Union européenne. Ensuite, par souci d'économie, car Paris est contraint de faire des coupes claires dans ses dépenses militaires. D'autant que la France s'engage ailleurs, comme à Abou Dhabi, où elle vient d'ouvrir une base. Sans compter que, dans le droit fil de son retour dans le commandement intégré de l'Otan, elle mobilise de plus en plus d'hommes et de moyens en Afghanistan.

Enfin, il y a une question de génération. Comme Nicolas Sarkozy l'a dit lui-même, sa génération n'a pas connu, ou si peu, la période coloniale. Le chef de l'État français n'a donc pas d'états d'âme dans sa volonté de " normaliser " les relations avec l'Afrique, comme l'a fait depuis bien longtemps un pays comme la Grande-Bretagne vis-à-vis de ses anciennes colonies africaines. D'autant qu'il connaît mal ce continent, qui, pour lui, s'apparente plutôt à un bourbier qu'à autre chose. Qui plus est, ce n'est pas en Afrique qu'il pourra vendre beaucoup de centrales nucléaires !

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