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Revue de presse
Des violences récurrentes au Nigeria
Philippe HUGON par Nathalie Huet (Le Parisien, 6 mars 2010)
Les violences du week-end dernier entre musulmans et chrétiens auraient fait 500 morts et 8 000 déplacés. Philippe Hugon, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), décrypte les violences ethno-reli-gieuses qui ont secoué le Nigeria ces derniers jours. Les exactions auraient fait selon un bilan non officiel 500 morts et 8000 déplacés.
Plus d'une centaine de chrétiens ont été massacrés le week-end dernier par des musulmans au centre du Nigeria. Pourquoi ?
Ce sont des violences récurrentes au centre du pays, zone de tensions entre les musulmans du Nord et les chrétiens du Sud. En dix ans, le pays a dénombré plus de 10000 morts. Le conflit actuel oppose les chrétiens de l'ethnie Berom, des agriculteurs sédentaires, aux musulmans de l'ethnie Fulani, des éleveurs nomades. Historiquement, sous l'Empire britannique, les Beroms ont bénéficié de droits plus étendus en termes d'accès à l'emploi et à l'enseignement. Des conflits fonciers viennent raviver ces tensions : c'est une version moderne de Caïn et Abel. Les attaques de ce week-end sont précisément une réplique des attaques du mois de janvier, qui avaient détruit plusieurs mosquées et fait plus de 300 morts dans les rangs musulmans. Il est possible que les islamistes radicaux, qui contrôlent 13 Etats sur 36, aient attisé le mouvement de représailles afin de déstabiliser un peu plus le gouvernement central en vue des élections prévues début 2011.
Pourquoi l'Etat nigérian n'a-t-il pu endiguer ces violences ?
Il a été très peu présent ! Le président Umaru Yar'Adua n'est pas apparu en public depuis novembre, date à laquelle il a été hospitalisé en Arabie Saoudite. Cette vacance du pouvoir a plongé le pays dans l'instabilité et a réactivé les violences. Les forces de police et l'armée n'ont pas été suffisamment efficaces, faute d'ordres précis et de moyens rapides d'intervention. Aujourd'hui, la police parle de 109 morts. Mais le bilan est vraisemblablement plus élevé. Des ONG comme Human Rights Watch parlent plutôt de 500 morts.
La communauté internationale doit-elle intervenir pour assurer un retour au calme ?
La Communauté économique des pays d'Afrique de l'Ouest pourrait jouer un rôle en donnant un appui logistique aux forces de sécurité nigérianes. Mais les cartes sont principalement aux mains des autorités locales et nationales. Pour espérer un retour au calme, il faudrait des signes plus grands d'intégration de la communauté musulmane. Les responsables religieux ont un rôle à jouer : les imams modérés peuvent agir de concert avec l'Eglise protestante pour apaiser la population.
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