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Turquie- Etats-Unis : Un vote qui met Obama mal à l'aise vis-à-vis d'Ankara
Didier BILLION par Mohammed Haddad (Turquie Européenne, 6 mars 2010)
Pourquoi la commission des affaires étrangères a-t-elle reconnu le « génocide » arménien ?
Ce n’est pas la première fois que cette commission s’intéresse au sujet. Le même vote a eu lieu il y a deux ans. Certains parlementaires s’acharnent à vouloir faire reconnaître ce génocide. On peut supposer que c’est le reflet de l’activisme du lobby pro-arménien, très influent aux États-Unis. Un certain nombre de démocrates, à cause d’un tropisme « droits-de-l’hommiste », ont la volonté de rétablir la justice en se battant depuis plusieurs années pour faire voter cette résolution. On verra bien si la commission réussira à la soumettre à la totalité du Congrès américain.
Quelles sont les répercussions immédiates sur les relations turco-américaine ?
La Turquie a rappelé son ambassadeur immédiatement. C’est la première étape de la dégradation des relations diplomatiques. On verra dans quelles conditions cet ambassadeur reviendra à Washington.
Par ailleurs, Barack Obama a téléphoné à son homologue turc. Le président américain est gêné par ce vote, comme l’avait été son prédécesseur Georges W. Bush.
L’importance géostratégique de la Turquie est indéniable. D’ailleurs, Obama a réservé sa première visite bilatérale à Ankara l’année dernière. On comprend bien que dans sa tentative de redorer le blason des États-Unis au Moyen-Orient, la Turquie est un partenaire privilégié et un acteur incontournable.
Au Moyen-Orient, que pourrait engendrer l’adoption de cette résolution ?
La Turquie joue un rôle très important dans la crise iranienne, le Premier ministre turc, Recep Erdogan, s’est proposé à différentes reprises pour revêtir la fonction d’intermédiaire.
Ankara a aussi une grande importance pour l’approvisionnement et le rapatriement des troupes en Irak. Pour des raisons diplomatiques, stratégiques et militaires, la Turquie est donc un pion considérable pour les États-Unis.
Si cette résolution est votée par la totalité de la représentation parlementaire américaine, on peut imaginer que les relations américano-turques seront durablement entamées.
C’est la peur de Barack Obama. Les Turcs ont de ce fait des moyens de pression pour faire valoir leur position.
Où en sont les relations entre Turcs et Arméniens ?
Au mois d’octobre dernier, les deux voisins turc et arménien ont signé des protocoles de réconciliation. La secrétaire d’État Hillary Clinton était présente à cette signature en Suisse. Depuis, Turcs et Arméniens ont pris beaucoup de retard. Pour l’instant, aucun des deux Parlements n’a voté ce protocole. L’adoption de la résolution par la commission des affaires étrangères du Congrès vient au mauvais moment. Barack Obama, qui pressait Turcs et Arméniens à voter au plus tôt le protocole, n’est plus en mesure de tenir ce discours. Tout ça ne va pas dans le bon sens.
Didier Billion est spécialiste de la Turquie, chargé de mission auprès du directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques.
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