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Revue de presse
La France, actrice du monde d’aujourd’hui ?
Pascal BONIFACE par Lydie Fournier (Sciences Humaines, mars 2010)
Avec la montée puissance des pays émergents, la France a à faire avec une scène diplomatique de plus en plus concurrentielle. Elle conserve néanmoins de nombreux atouts pour faite entendre sa voix.
Difficile d'évaluer au premier au coup d'œil le poids diplomatique de la France dans le monde d'aujourd'hui La lecture est rendue d autant plus complexe que les faits apparaissent parfois contradictoires. Siège permanent au Conseil de sécurité de l'Onu, capacité nucléaire et technologique, d'un côté. Concurrence des pays en développement, affaiblissement des liens avec l'Afrique, de l'autre Mais encore, comment situer ici la réintégration de la France dans l'Otan l'an dernier ? Par un retour sur ces réalités récentes, Pascal Boniface éclaire pour nous le statut diplomatique de la France sur la scène internationale aujourd'hui.
Depuis son arrivée à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy est apparu très actif dans les affaires du monde. Ses initiatives ont-elles modifié le statut de la France sur la scène internationale ?
Si l'on regarde sur le long terme, on se rend compte qu'il est rare qu'un homme change à lui seul le statut d'un pays sur la scène internationale. Les révolutions sont rares en la matière. En politique étrangère, les marges de manœuvres individuelles sont limitées. On est ici plus dans le registre de l'évolution que de la révolution. Le thème de la rupture a jalonné le discours de N. Sarkozy durant toute sa campagne électorale. Mais ce thème a totalement disparu de son vocabulaire après son élection. Et si l'on porte attention à ses actions en matière de politique étrangère, elles sont plus marquées par la continuité que par la rupture. Mais la prédominance de la continuité sur la rupture est une tendance forte de toute la Ve République. Au moment de son investiture, François Mitterrand entendait lui aussi incarner la rupture vis-à-vis de l'ère de Gaulle, comme Jacques Chirac vis-à-vis de la présidence Mitterrand. Mais déjà à l'époque, c'est plutôt la continuité qui avait prévalu.
La véritable différence apportée par N. Sarkozy tient plus dans son style. Son approche de la politique extérieure est à l'image de celle qu'il développe en matière de politique intérieure. À savoir un style très marquant, basé sur une forte dose d'investissement personnel, et sur une médiatisation importante de cet investissement personnel. II est certain que son début de mandat a été marqué par un activisme prononcé, si on le compare avec la dernière période de la présidence de J. Chirac. La fin du second mandat de J. Chirac s'est effectivement caractérisée par une certaine absence de la scène internationale, du fait de soucis médicaux et du "non" au référendum européen. Mais, à l'image de N. Sarkozy, il s'était lui aussi montré très actif dans les affaires du monde durant les premières années à la tête du pays. Ce fut surtout à l'occasion de la présidence de l'Union européenne que l'activisme de notre actuel chef d État sur la scène internationale s est révélé payant. L'on ne peut évidemment pas considérer que les politiques européennes menées à ce moment-là furent celles d'un seul acteur, mais les impulsions données par N. Sarkozy pour régler la guerre entre la Russie et la Géorgie, d'une part, et la crise financière, d'autre part, se sont révélées clairement utiles.
De façon générale, on peut dire qu'aujourd'hui la France conserve son statut sur la scène internationale. En sachant que les évolutions globales lui sont plutôt peu favorables, avec la montée politique et économique de pays tels que la Chine, l'Inde ou encore le Brésil. On assiste aujourd'hui à l'émergence économique de près de 140 pays dans le monde. Ce qui nécessairement génère une concurrence avec l'ensemble des pays européens, dont la France
Est-ce aujourd'hui uniquement son statut d'État membre de l'Union européenne qui confère à la France son poids diplomatique?
Son poids diplomatique est lié à ce statut, mais aussi à d'autres réalités. II tient notamment à son statut de membre permanent du Conseil de sécurité de l'Onu (à côté des quatre grands que sont la Chine, les États-Unis, la Russie et le Royaume-Uni). Par ailleurs, la France détient l'arme nucléaire. Sa capacité nucléaire influe nécessairement sur son statut dans les affaires du monde. Tout comme le fait que le pays reste à ce jour une importante puissance économique et commerciale, laquelle repose en partie sur des compétences technologiques de premier plan. Enfin, la France dispose d'un outil diplomatique parmi les plus importants au monde avec plus de 160 représentations à l'étranger, le pays se place au deuxième rang mondial derrière les États-Unis. C'est donc la conjonction de l'ensemble de ces facteurs qui tend à définir l'influence de la France dans le monde.
En avril 2009, le gouvernement a annoncé le retour de la France dans l'Otan, après quarante-trois ans d'absence. Quelles sont à la fois les raisons et les conséquences d'un tel réengagement?
N. Sarkozy a souhaité donner un signal fort aux États-Unis quant à sa volonté de rapprochement avec la première puissance du monde. Le président français a alors bénéficié de la chance que lui offrait le phénomène de véritable "lune de miel" qui unissait encore à ce moment-là Barack Obama et le reste du monde, dont le peuple français. C'est la popularité du nouveau président des États-Unis qui a expliqué l'absence de protestations en France face au retour du pays dans l'Otan. Sans aucun doute, ce signal atlantiste aurait généré une très vive contestation populaire s'il s'était produit sous la présidence de George W. Bush.
Le retour de la France dans l'Otan en 2009 concernait en fait sa réintégration au sein du commandement militaire intégré : Paris a concrètement rejoint le Comité des plans de défense, c'est-à-dire la plus haute instance militaire décisionnelle de l'Alliance. Mais il faut savoir qu'avant de rejoindre cette autorité militaire suprême de l'Otan, la France participait déjà à une trentaine de comités intégrés de l'organisation. Même si un tel retour a pu paraître spectaculaire - comme sa sortie à l'initiative de Charles de Gaulle en 1966 l'avait d'ailleurs été -, les conséquences restent en réalité très faibles.
Mais en matière de diplomatie, les symboles sont souvent plus importants que les faits. Ici, le symbole est fort : ce retour au sein du commandement militaire intégré de l'Otan peut être perçu comme le signe d'un certain alignement de la France sur les États-Unis. Mais tout dépendra des décisions que Paris prendra à l'avenir. L'Allemagne, par exemple, a pu s'opposer à la guerre en Irak tout en siégeant dans le commandement militaire intégré.
Avant son élection, N. Sarkozy avait promis une rénovation des liens entre la France et ses anciennes colonies du continent noir. Aujourd'hui, peut-on estimer que la " Françafrique" appartient au passé?
Oui et non. Non car, du Gabon au Togo, la France a soutenu des successions dynastiques, qui contredisaient avec force les attentes populaires locales. Elle ne s'est par exemple pas opposée à l'investiture d'Ali Bongo à la tête du Gabon en octobre dernier, après quarante ans de relations privilégiées avec son prédécesseur, son père Omar Bongo (président du Gabon entre 1967 et 2009). La France est aujourd'hui divisée entre deux positions contradictoires : d'un côté, préparer l'avenir, et donc rompre avec la " Françafrique", de l'autre, conserver des liens privilégiés avec les régimes en place. Quoi qu'il en soit, la "Françafrique" est de plus en plus remise en cause par un phénomène indépendant du bon vouloir des responsables politiques français : la mise en concurrence du statut privilégié de la France sur ce continent par l'émergence des nouveaux partenaires de l'Afrique, à savoir des investisseurs chinois, brésiliens, japonais, états-uniens, etc.
Par ailleurs, la France souffre aujourd'hui d'une certaine impopularité en Afrique. Celle-ci trouve son origine dans les politiques migratoires restrictives (politiques dites "d'immigration choisie"), mises en place par l'Etat français aujourd'hui. Et dont les ressortissants africains sont en grande partie la cible.
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