|
Revue de presse
Éviter l’embargo sur le pétrole iranien
Thierry COVILLE par Denis Daumin (La Nouvelle République, 25 février 2010)
Chercheur à l'Iris et spécialiste de l'Iran, Thierry Coville ne croit pas à l'arme des sanctions et recommande la poursuite des négociations.
La communauté internationale semble usée par les atermoiements et les volte-face de l'Iran. " Le temps et la patience sont à bout ", grondait hier la présidence américaine. Menace sérieuse ou nouvel effet de manche?
Du côté occidental, et américain particulièrement, le sentiment d'usure paraît légitime. La porte était entrouverte, l'Iran semblait disposé à entrer, finalement il recule. Mais les relations irano-américaines ne sont pas sereines ni apaisées. On n'efface pas trente ans de contentieux en quelques entrevues. Il n'est pas exclu que les Américains adressent, à partir de ce dossier, un message à leur opinion, en forçant la posture. De leur côté, les Iraniens estiment avoir donné des gages et cherchent, derrière tes mots enflammés d'Obama, les gestes décisifs. Or ils ne voient rien de concret. La situation est de nouveau bloquée.
Comment en sortir ? Par les sanctions agitées depuis des mois?
Ce serait la pire des choses, probablement. Quelles sanctions d'ailleurs ? La seule envisageable concernerait un embargo sur le pétrole iranien, qui représente 80 % des exportations du pays. Ce serait une véritable déclaration de guerre dont nous n'avons sans doute pas les moyens, car les conséquences sur nos économies seraient immédiates et terribles. Cela ne suffirait pas pour abattre le régime actuel à Téhéran, qui dispose de grosses réserves de devises, le peuple iranien serait la seule victime.
Quoi faire alors ?
Poursuivre les négociations. Il reste des pistes et les Iraniens y sont attachés. La négociation, le marchandage sont très profondément ancrés dans la culture locale. C'est un mode de vie. Les pourparlers doivent être relancés, quoi qu'il nous en coûte. C'est la seule façon d'avancer dans cette affaire.
Les intentions belliqueuses du régime d'Ahmadinejad paraissent claires, pourtant ?
Qui peut l'affirmer ? L'Iran a su se montrer responsable dans un passé récent. Utile aussi, les Américains peuvent en témoigner. Sans Téhéran, leur sortie du guêpier irakien aurait été plus difficile encore. De toute évidence le projet iranien est de peser régionalement et de rééquilibrer durablement la donne face à Israël.
|
Contact presse
|