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Revue de presse
Pékin-Washington : les raisons d’un bras de fer
par Jean-Vincent BRISSET (Le Figaro, 6 février 2010)
Sans doute encouragé par l'impression d'avoir mieux géré la crise que le reste du monde, Pékin a voulu montrer sa force en multipliant les signes, petits et grands. Directeur de recherche à l'Iris et ancien attaché militaire à Pékin, l'auteur revient sur le contentieux entre la Chine et les États-Unis à la suite de la vente par ces derniers d'un ensemble d'armements à Taiwan.
Il y a encore peu, beaucoup d'Européens se faisaient peur en évoquant un G2 qui réunirait la Chine et les Etats-Unis dans un partage du monde dont ils seraient exclus. C'était oublier les profondes divergences entre les deux puissances et oublier que ce concept de G2 était avant tout d'origine pékinoise, même s'il était relayé par certains de ceux qui sont persuadés que la Chine est l'hyperpuissance de demain. Pendant la première année de la présidence, l'Administration Obama a cru pouvoir instaurer un rapport gagnant-gagnant entre les deux pays Les vieux griefs demeuraient - protection de la propriété industrielle et intellectuelle, concurrence déloyale, refus de réévaluation du yuan, droits de l'homme -, mais on pensait à la Maison-Blanche pouvoir les résoudre par la négociation et la coopération Mais, petit a petit, sans doute encouragé par l'impression d'avoir mieux géré la crise que le reste du monde, Pékin a voulu montrer sa force en multipliant les signes, petits et grands. Proposition de remplacer le dollar comme monnaie de réserve, cyberattaques, affaire Google, exécution d'un Occidental, incidents maritimes, attitude arrogante et négative à Copenhague, absence de coopération sur la gestion du nucléaire iranien et bien d'autres, plus ou moins médiatisés. Obama semble aussi avoir été très déçu par sa visite a Pékin, en novembre 2009.
Pour le gouvernement américain, la préparation du discours annuel sur l'état de l'Union (27 janvier) est aussi le moment de faire des bilans et de décider des orientations. Vis-à-vis de la Chine, l'exercice s'est traduit par un constat d'échec de la politique précédemment menée et la décision de revenir à des rapports de force. La première décision de grande visibilité a été de débloquer la vente à Taiwan d'un ensemble d'armements, vente qui avait été bloquée par l'Administration Bush au nom des bonnes relations avec Pékin. Toutes les demandes taiwanaises n'ont cependant pas été satisfaites, et le contrat de 6,4 milliards de dollars, prudent, ne couvre pratiquement que des armements défensifs, excluant en particulier les sous-marins et les avions de chasse que réclamait aussi Taipeh. Dans le même temps, la Maison-Blanche a autorisé le président taiwanais, en route vers les rares pays d'Amérique centrale avec lesquels l'île entretient encore des relations diplomatiques, à faire une escale aux Etats-Unis. Bien plus grave aux yeux de Pékin, le président Obama a annoncé qu'il allait rencontrer le dalaï-lama
La réaction chinoise a été immédiate et conforme aux attentes. Le 26 janvier, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères annonçait sa "ferme opposition" à cette vente. Dans les jours suivants, les annonces se sont enchaînées. Pékin multiplie les imprécations et menace de boycotter les entreprises américaines ayant un rapport avec ces ventes (on pense en particulier à Boeing). Washington n'est pas en reste et a confirmé la volonté du président de rencontrer le dalaï-lama. Ce qui a provoqué une nouvelle déclaration du Waijiaobu (ministère chinois des Affaires étrangères), répétant que " la Chine s'oppose résolument aux contacts entre le dalaï-lama et des dirigeants américains sous n'importe quel nom et quelle forme ".
A ce jour, aucune mesure de rétorsion précise n'a encore été annoncée par Pékin. Beaucoup pensent que les interdépendances entre les deux pays sont telles qu'elles interdisent toute action d'envergure. Pourtant, au-delà des boycotts plus ou moins suivis (ils pénalisent souvent plus la Chine que l'entreprise boycottée), il existe d'autres risques, plus graves. Certains sont directement liés a la sécurité. Une manifestation " spontanée " contre des intérêts américains en Chine pourrait déraper, et les Etats-Unis ne sont certainement pas prêts à l'accepter. II y a aussi le risque de nouvelles frictions entre bâtiments ou avions militaires, comme ceux qui se sont déjà produits ou des démonstrations de guerre de l'espace. L'empire du Milieu pourrait aussi user de deux des armes qui sont en sa possession les Cyberattaques et les manipulations financières. Les premiers ne mettraient sans doute pas en cause le cœur de la sécurité américaine et auraient pour effet de braquer le monde entier contre la Chine. Les secondes pourraient provoquer un trou d'air à Wall Street. Dans l'état actuel des économies mondiales, les conséquences potentielles d'une telle action sont totalement imprévisibles.
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