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Revue de presse
Diversité du monde arabe
par Sophie BESSIS (Le Français dans le monde, janvier 2010)
Parler du monde arabe au singulier est une entreprise problématique pour une immense région qui s'étend de l'Atlantique au Golfe arabo-persique. Le nationalisme arabe du XXème siècle a voulu y voir un ensemble unifié par une même histoire, une même origine et une même langue, l'arabe, l'islam y faisant aussi implicitement fonction de réfèrent. Aujourd'hui, les opinions occidentales y voient trop souvent un univers monolithique uni par la langue arabe et la religion musulmane. Si ces deux dernières sont incontestablement des facteurs d'unification, elles constituent aussi des lignes de fracture, dans la mesure où les minorités linguistiques et religieuses du monde arabe récusent cette vision unificatrice pour tenter d'exister en tant que minorités. On pourrait résumer cette première diversité en disant que sa partie Ouest, le Maghreb, est religieusement homogène depuis la quasi-disparition de ses minorités juives, tout en étant " ethniquement " et linguistiquement partagé entre Arabes et Berbères. La partie Est, en revanche, est presque unifiée du point de vue linguistique, à la notable exception des Kurdes, mais reste caractérisée par la pluralité religieuse. Outre la présence de nombreuses communautés chrétiennes qui, quoique partout minoritaires, représentent une dimension incontournable de l'identité des pays du Machrek, l'importance du chiisme dans plusieurs pays est un élément de diversité au sein même des populations musulmanes.
L'histoire et la géographie sont également à l'origine de différences importantes. Le Maghreb, ce lointain Occident du monde arabe, a toujours été considéré comme une région excentrée par rapport au cœur de l'arabité. Cette vision unificatrice s'étend souvent aux économies et aux sociétés de cette région. Là encore, si les facteurs de convergence ne sont pas négligeables, la diversité l'emporte le plus souvent. En matière économique, les États arabes composent une mosaïque fort hétérogène et le niveau de richesse y connaît d'énormes inégalités : quoi de commun entre le pauvre Yémen et le Koweït au PIB par habitant parmi les plus élevés du monde ? Voilà bien une fracture au sein de cet ensemble, qu'on ne saurait négliger. Les sociétés enfin, ne se sont pas transformées au même rythme. Si les résistances aux mutations socio-politiques qui ont caractérisé le XXème siècle y ont été généralement plus fortes que dans les autres régions du Sud, il n'en existe pas moins d'importantes différences entre les pays. Quel rapport, en effet, entre une Tunisie en grande partie sécularisée et le royaume saoudien où le Coran fait office de Constitution ? Quel rapport entre la condition féminine de la Tunisie et celle du Yémen ? Là encore, toute vision unificatrice empêcherait de voir la diversité des régimes économiques et politiques et des évolutions des pratiques sociales. Rien ne rapprocherait donc les pays arabes les uns des autres ? Une telle conclusion serait aussi simpliste que celle qui veut y voir un seul bloc homogène. Quelles qu'aient été leurs réactions devant les bouleversements contemporains, les mutations du dernier demi-siècle ont été radicales des rives de l'Atlantique à celles de l'océan Indien : croissance démographique, urbanisation et émergence de nouvelles classes moyennes urbaines qui ont bouleversé les rapports sociaux traditionnels, développement du salariat, apparition d'une conscience féminine et des revendications qui l'accompagnent, la liste est longue de ces transformations. Pourtant, sans parler d'une unité politique tenant davantage du mythe que du projet, toutes les tentatives de rapprochement économique ont jusqu'ici avorté. Au vu de cette complexité, il convient donc, en Occident, de se départir d'une vision réductrice de cette partie du monde. C'est d'autant plus urgent que cette vision est le plus souvent faite de stéréotypes insistant sur son archaïsme et son immobilisme. Or, douloureusement, le monde arabe bouge, pour le meilleur et pour le pire. C'est ce dernier que les mythes occidentaux risquent d'encourager.
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