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2009 : une année très mitigée
par Pascal BONIFACE (Réalités - Tunisie, 14 janvier 2010)
Quel bilan tirer sur le plan stratégique de l'année 2009 qui vient de s'achever ? Mitigé, très mitigé. Certes il n'y a pas eu de catastrophes majeures, pas de nouvelle guerre faisant irruption. Mais par contre les crises et conflits existants ne semblent pas avoir progressé vers un règlement, et les quelques espoirs existants ont été balayés par la réalité.
L'année s'est d'ailleurs terminée par l'échec de la Conférence de Copenhague sur la lutte contre le réchauffement climatique. La Communauté internationale (ou ce qui est censé être une communauté internationale) a été incapable de trouver un accord pour limiter un danger que tous les experts s'accordent à dire le plus important à traiter pour l'avenir de l'Humanité. Chacun a tiré dans son coin, estimant que c'était aux autres de faire des efforts, ou en tous les cas d'en faire plus que lui. Alors que les scientifiques sont unanimes, que les sociétés civiles et les citoyens sont de plus en plus mobilisés par le sujet, les gouvernements ont échoué. Il y a là la preuve de l'incapacité des gouvernements à agir ensemble pour un objectif vital mais de long terme. Les mêmes gouvernements étaient parvenus à s'entendre pour limiter les dégâts de la crise financière en 2008/2009. Il s'agissait là d'un objectif à court terme d'une urgence absolue. Mais ne doit-on pas attendre justement des gouvernements, plus que des sociétés civiles, d'être aussi attentifs au long terme qu'au court terme ? Cela n'a pas été le cas et on peut y voir un effet pervers de l'accélération du temps. Il faudra compter sur une plus forte mobilisation des opinions publiques pour contraindre les Etats à agir avec plus de sens des responsabilités.
Mitigée également, la première année d'Obama à la Maison-Blanche. Il s'était donné pour tache prioritaire d'améliorer les relations entre les Etats-Unis et le Monde musulman. Il y a réussi en termes d'image et par contraste avec George Bush. On craint moins que les Etats-Unis ne se lancent dans une opération agressive au nom de l'idée qu'ils se font du bien et du mal. Mais le discours de réception du Prix Nobel de la paix où le président a remis au goût du jour la notion de guerre juste a désagréablement surpris. Et les conflits en cours ne semblent pas commencer à recevoir le début d'une solution. Après avoir courageusement appelé à la fin de la colonisation israélienne, Barack Obama a cédé face au gouvernement israélien qui la poursuit. C'est un très mauvais signal car Netanyahou a compris qu'il suffisait de faire le dos rond pour faire céder Obama. Il y avait un désaccord entre le protecteur américain et le protégé israélien, mais c'est le protecteur qui a plié.
En Afghanistan, tout prix Nobel de la paix qu'il soit, Obama a décidé de renforcer la présence militaire américaine de 30.000 hommes pour un coût de 30 milliards de dollars par an. Ce renforcement permettra-t-il une victoire ? Obama estime à juste titre que Bush a fait une erreur en 2002 en relâchant la pression militaire sur l'Afghanistan pour la détourner sur l'Irak. Sauf qu'on ne peut pas revenir en arrière et faire comme si rien ne s'était passé depuis. La présence militaire, quasiment uniquement occidentale, fait l'objet d'un rejet croissant. Ce n'est pas un déploiement supplémentaire qui va améliorer la situation. La récente tentative d'attentat montre que l'Afghanistan n'est pas la seule plaque tournante du terrorisme. Obama a par contre réussi là où il est le plus critiqué. Sa politique de main tendue à l'Iran a été présentée par beaucoup comme une marque de faiblesse car il n'a rien obtenu en retour, Ahmadinejad étant toujours président et Téhéran se montrant toujours inflexible sur la question nucléaire. Mais, au-delà de ces apparences, on peut voir un formidable basculement. L'offre d'Obama a tellement déstabilisé le régime iranien qu'il a été contraint de truquer les élections pour qu'Ahmadinejad reste président. Sa première élection devait beaucoup au discours martial de Bush. Si la main tendue d'Obama n'a pas amené un modéré au pouvoir, du moins elle a provoqué un séisme politique dont on se demande s'il ne va pas conduire à un renversement de régime. Mais même si les mollahs restaient au pouvoir et restaient intransigeants sur leur programme nucléaire, Obama aurait gagné sur un point. Sa politique de dialogue avec la Chine et la Russie (avec notamment l'abandon du programme de missiles anti-missiles) fait que Pékin et Moscou sont désormais moins réticents à d'éventuelles sanctions contre l'Iran. Leur hostilité était due non à une compréhension vis-à-vis des ambitions nucléaires de Téhéran mais à leur volonté de ne pas laisser Washington dicter l'agenda diplomatique. Ayant désormais le sentiment d'être associés à sa détermination, ils sont davantage prêts à travailler sur ce sujet avec les Occidentaux.
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