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Jean-Jacques Kourliandsky


“C’est le chaos depuis deux siècles”
Jean-Jacques KOURLIANDSKY par C.T. (Le Parisien, 14 janvier 2010)



Spécialiste des Caraïbes, Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l'IRIS, fait un constat dramatique de la situation économique d'Haïti. Il espère que la catastrophe réveillera les consciences mondiales.

Quand on dit qu'Haïti est l'un des pays les plus pauvres du monde, est-ce une réalité ?

Absolument Haïti est le seul pays très pauvre d'Amérique latine. Quatre-vingts pour cent des Haïtiens sont pauvres, c'est-à-dire qu'ils vivent avec moins de 2 dollars (1,40 €), et la moitié des Haïtiens est " très pauvre " et vit avec moins d'1 dollar par jour (0,70 €). Ils n'arrivent à survivre que grâce à l'argent que les 2 millions d'Haïtiens installés à l'étranger envoient ou l'aide humanitaire.

Quels facteurs expliquent cette extrême pauvreté ?

Haïti est le premier pays qui est devenu indépendant. Mais il n'a jamais réussi à se construire. Depuis deux siècles, c'est le chaos. La corruption des dirigeants qui se sont succédés à la tête du pays n'explique pas tout. Rien de solide ne s'est construit et le pays a été dévasté. Quand on survole l'île, la République dominicaine, qui le jouxte, est verte. Haïti est marron. Tous les arbres ont été abattus parce que les habitants avaient besoin du bois pouf faire la cuisine.

Mais il y a des programmes d'aide, essentiellement alimentaires, sur place.

Haïti est un pays sous assistance permanente, mais l'aide internationale est insuffisante et peine à être distribuée. Pas seulement en raison de la violence, de la corruption et d'une mauvaise gouvernance, mais parce que personne n'est parvenu à former les cadres intermédiaires indispensables pour distribuer cette aide d'une manière optimale. Le Brésil a tenté de tirer la sonnette d'alarme, mais n'a pas été écouté.

L'ONU est aussi présente. Elle n'a rien pu faire ?

Il y a effectivement 7000 militaires sur place (les casques bleus de la Minustah, mission de stabilisation en Haïti). Leur mission essentielle a été d'installer et de maintenir la sécurité. Mais l'ONU n'est pas là pour toujours. Les soldats vont partir, alors que rien n'a été construit.

Quel peut-être l'impact de la catastrophe actuelle ?

Le choc va faire que l'on va s'intéresser à Haïti. Et peut-être réveiller la conscience internationale.

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