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Pascal Boniface


“un coup d’éclat médiatique”
Pascal BONIFACE par Gilles Daniel (Métro, 10 janvier 2010)



Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques, donne ses éclairages sur l'attaque qui a visé l'équipe de football du Togo lors de la CAN.

Le choix de l’enclave de Cabinda pour accueillir des matches de la CAN était-il risqué ?

Cette zone, dans laquelle un conflit a fait 30 000 morts entre 1975 et 2006, est calme depuis la signature d’un accord de paix entre le gouvernement et le Front de libération de l’enclave du Cabinda. C’est justement pour montrer que la situation était normalisée que le gouvernement angolais y a organisé des matches. A l’inverse, le Front de libération a profité de l’organisation de la compétition pour faire un coup d’éclat. Cet attentat montre que dès qu’il y a une très forte médiatisation, qu’il s’agisse de football, de l’Afrique ou autre, il y a une tentation de vouloir en profiter. Aujourd’hui, tout événement qui attire une attention particulière peut faire craindre ce type de violences.

L’Angola est engagé dans un processus de normalisation dont la CAN doit être la vitrine. Ses efforts sont ruinés ?

Non car le cas de Cabinda est à part aussi bien géographiquement que politiquement. Il s’agit d’une enclave séparée territorialement du reste de l’Angola et, surtout, c’est un territoire qui concentre 60% de la production angolaise de pétrole. On peut penser que les revendications de ce Front sont plus de vouloir contrôler la rente pétrolière que d’affirmer une identité nationale qui serait menacée.

L’Angola avait été ruiné par une guerre civile. Depuis sa fin en 2002, le pays a enfin décollé et connaît une très forte croissance. Il a d’ailleurs pu participer à la coupe du Monde en 2006.

Est-ce qu’on peut redouter d’autre incidents durant la CAN ?

Il faut toujours être prudent mais on peut penser que les mesures de sécurité ont été durcies et que dans la ville même de la capitale de Cabinda il y a moins de problèmes. La violence touche plutôt les zones pétrolières reculées dans lesquelles ce bus togolais s’est trouvé. Les autres délégations qui sont arrivés par avion n’ont pas été affectées par cette violence. On peut donc penser que ce premier choc passé, il n’y aura pas d’autres actes de ce type.

A-t-on déjà vécu des situations similaires lors de grandes compétitions sportives ?

L’une a été vécue, à Munich en 1972 avec la prise d’otages d’athlètes israéliens par des Palestiniens. Une autre a été évitée, lorsque le Paris-Dakar a été annulé il y a deux ans à la suite de menaces terroristes sur le parcours.

Fallait-il, comme pour cette édition du Paris-Dakar, annuler la CAN ?

Non. Le Dakar avait été annulé, à tort ou à raison, du fait de menaces proférées avant le début de la compétition. Au-delà des enjeux économiques, annuler la CAN aujourd’hui, cela aurait été donner raison à ce mouvement armé.

Est-ce que ces violences peuvent faire craindre pour la sécurité du mondial en Afrique du Sud ?

La comparaison avec l’Afrique du Sud n’est pas valide dans la mesure où il n’y a pas là-bas de mouvement armé qui lutte contre le pouvoir central. Le défi de l’Afrique du Sud, c’est plus un défi de délinquance au quotidien que de menaces terroristes politiques. Par contre, il est vrai que tout mouvement terroriste quel qu’il soit peut se dire c’est la moment de faire un coup d’éclat. On se souvient qu’en 2004, il y avait une très forte crainte d’attentats terroristes durant les JO en Grèce, de par la visibilité de cette compétition et non pour le pays dans lequel elle était organisée.

Comment expliquez-vous le volte-face de l’équipe togolaise, qui a finalement voulue jouer la CAN, avant que le gouvernement ne lui demande d’y renoncer ?

Il faut le resituer dans un climat politique togolais particulier. Il y a des élections présidentielles dans ce pays à la fin du mois de février. Le pouvoir en place de Faure Gnassigbé fait face à la rude concurrence de l’ancien ministre de François Mitterrand Kofi Yamgnane. On peut penser que, alors qu’il est en difficulté, il essaie de récupérer ce drame pour conforter son pouvoir politique.


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