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Revue de presse
Barack Obama et la guerre juste
par Pascal BONIFACE (Réalités - Tunisie, 24 décembre 2009)
Barack Obama a surpris dans son discours de réception du prix Nobel en faisant référence à la notion de la guerre juste. Il est vrai qu'il a lui-même souligné un curieux paradoxe. Il vient de recevoir le prix Nobel de la paix alors qu'il est le président d'un pays qui, tout en essayant de se retirer d'Irak, augmente sa présence militaire en Afghanistan.
La notion de guerre juste remonte à Saint Augustin et Saint Thomas d'Aquin qui avaient définit trois conditions pour que l'on puisse qualifier ainsi une action militaire. Elle doit être entreprise par le Prince, cela correspond à la notion de centralisation de la violence. Elle doit avoir une juste cause, ceux que l'on combat doivent avoir commis une injustice. Elle doit correspondre à une intention droite, à un but d'intérêt général. Plus récemment, le philosophe Mickael Walzer qui, en 1977, avait théorisé les guerres justes et injustes. La notion de proportionnalité de la force avait également était mise en œuvre. Il y a cependant une grande différence entre la notion de la guerre juste à l'époque de Saint Thomas d'Aquin et maintenant.
Dans les temps anciens, elle était un progrès par rapport au recours illimité, désordonné et n'ayant aucune justification à fournir à la guerre. La guerre était le mode normal de relation entre les entités politiques. C'était donc la loi du plus fort qui s'imposait. Au cours du 20ème siècle, au prix de deux guerres mondiales, l'humanité est venue encadrer juridiquement le recours à la guerre. Celle-ci est interdite depuis le Pacte Briand-Kellogg de 1929. La Charte des Nations Unies renouvelait cette interdiction avec deux exceptions, le cas de légitime défense ou une décision collective du Conseil de Sécurité. Du coup, la notion de guerre juste n'est plus un progrès mais une régression puisque de nouveau, c'est un choix apprécié souverainement. Personne ne se lance dans un conflit en disant qu'il est injuste et chacun peut avoir sa propre conception de la guerre juste. Si le droit est venu justement encadrer le recours à la force, c'est pour éviter ces appréciations unilatérales et pour fixer un critère à la fois indiscutable et collectif qui tranche avec les appréciations personnelles. Barack Obama n'avait pas besoin d'évoquer la notion de guerre juste en Afghanistan puisqu'il a un mandat clair des Nations Unies et que la légitime défense était initialement indiscutable. Le problème est que la guerre s'enlise. D'autres éléments peuvent inquiéter dans le discours d'Obama. Lorsqu'il dit que la vieille architecture de sécurité ploie sous le poids des nouvelles menaces, on peut le ressentir comme une remise en cause indirecte du fonctionnement de l'ONU. Le problème est de savoir si les Etats-Unis sont prêts à refonder les Nations Unies, à leur donner une nouvelle légitimité par exemple en élargissant le Conseil de Sécurité et en lui donnant plus de pouvoir. Lorsqu'il dit que le mal existe dans le monde, on peut dire d'un côté qu'il dénonce une évidence et en même temps, il y a une référence indirecte à "l'axe du mal" définit par George Bush, qui a conduit aux catastrophes que l'on connaît. On peut également mettre en doute son affirmation selon laquelle les Etats-Unis d'Amérique ont contribué à garantir la sécurité mondiale pendant plus de soixante ans, par le sang de leurs citoyens et par la force de leurs armes. Les Etats-Unis n'ont pas été avares au cours de la guerre froide d'aventures militaires à la fois non légales et non légitimes, de la guerre du Vietnam aux multiples interventions armées en Amérique latine.
Il pose une question centrale en se demandant comment prévenir le massacre de civils par leur propre gouvernement ou de mettre fin à une guerre civile dont la violence et les souffrances risquent de dévaster une région entière. On ne peut qu'être d'accord pour dire que dans ces conditions, le recours à la force peut être justifié. Le refus total du recours aux armes peut effectivement déboucher sur le massacre des innocents.
Mais, là encore, tout dépend qui la décide ? Comment se fait-elle ? Qui participe à l'action ? Comment justifie-t-on l'intervention dans certains cas, et la non intervention dans d'autres ? Comment, par exemple, expliquer l'indifférence totale de la communauté internationale par rapport au conflit qui ravage la République démocratique du Congo depuis 1998 ? Fort heureusement, Barack Obama a rappelé que l'Amérique ne peut pas agir dans l'isolement et qu'elle ne peut pas à elle seule, assurer la paix. Il a également rappelé qu'il avait interdit la torture et ordonné la fermeture de Guantanamo.
Si Obama veut vraiment mériter son Prix Nobel de la Paix, plutôt que de débattre sur le caractère juste ou non de la guerre, il ferait mieux de s'atteler à l'édification d'une paix juste au Proche-Orient.
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