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Revue de presse


Copenhague n’est qu’un énième révélateur de la crise de la gouvernance mondiale
Sarah LACARRIÈRE par William Bourton (LeSoir.be, 22 décembre 2009)



Le sommet sur le climat de Copenhague a réuni, du 7 au 19 décembre, 193 pays et 130 chefs d’État et de gouvernement (les derniers jours) pour accoucher d’un accord généralement décrit comme insuffisant et décevant.

Au moment de dégager les responsabilités de cet échec, la plupart des observateurs pointent la Chine et les Etats-Unis, jugés incapables de dépasser leur antagonisme. Certains, comme le ministre français de l’Écologie, Jean-Louis Borloo, s’interrogent par ailleurs sur la faillite de l’ONU, paralysée par son obligation de « consensus à 192 »…

Est-il correct de rendre la Chine et les USA responsables de l’issue du sommet de Copenhague ?

Ce sont clairement les deux pays qui tenaient l’issue de ces négociations climatiques. Tant que l’un ne s’engageait pas dans une démarche volontariste, l’autre n’agissait pas non plus. C’est un peu le propre du cadre onusien, dans lequel la Chine et les Etats-Unis se renvoient systématiquement la responsabilité pour ne pas avoir à s’engager. On est vraiment sur un débat figé de lutte Nord-Sud, de pays développé contre pays en développement. Dans ce schéma, la Chine tient à garder son statut de porte-drapeau des pays émergents. Quant aux Etats-Unis, dans l’état actuel des choses, le président Obama – duquel on attendait beaucoup – n’avait pas de marges de manœuvre. Quelque part, il n’avait pas intérêt à ce que des choses ambitieuses soient décidées à Copenhague, car cela pouvait heurter la sensibilité du Sénat, singulièrement si la Chine ne s’engageait pas de son côté. L’idée était aussi d’éviter le scénario de Kyoto, où les Etats-Unis avaient signé un protocole que les sénateurs américains ont finalement refusé de ratifier. Revenir avec un texte signé aurait mis le Congrès devant le fait accompli. Or, on sait qu’une partie de celui-ci refuse la contrainte internationale ou, à tout le moins, conditionne l’engagement des Américains à celui des Chinois. Vu les échéances qu’il doit affronter, notamment sur la réforme des soins de santé, Obama était donc dos au mur.

Au-delà de ces marquages stratégiques, les Etats-Unis et la Chine ont-ils pris la mesure des enjeux climatiques ?

Les Etats-Unis comme la Chine ont parfaitement pris conscience des enjeux du réchauffement climatique, tant en termes d’impacts sur les populations de leur territoire que d’enjeux technologiques et économiques futurs. Dès 2007, Todd Stern, le principal négociateur américain, a conceptualisé l’importance d’un partenariat Chine/Etats-Unis sur le réchauffement. Les deux pays coopèrent, tant de manière bilatérale qu’au sein de forums restreints – je pense en particulier au Forum des économies majeures : création récente des Etats-Unis.

Quid de la Russie et de l’Union européenne ?

La Russie est soumise à un climat très rude ; certaines voix dans ce pays considèrent dès lors qu’un certain réchauffement climatique pourrait être « confortable »… Par ailleurs, la Russie exporte du gaz et du pétrole ; économiquement, elle n’a donc guère intérêt à ce qu’un accord substantiel réduise notre dépendance aux énergies fossiles.

L’Union européenne quant à elle est clairement volontariste sur le terrain de la lutte contre le réchauffement. Mais dans les forums internationaux, elle se révèle incapable de s’exprimer d’une seule voix, traversée qu’elle est par des intérêts trop divergents. D’une part, il existe un bipolarisme entre les pays de l’ouest et les pays de l’est : ces derniers aspirent au développement économique et ne sont donc pas disposés à s’engager au même niveau que les premiers. D’autre part, on voit bien que les États veulent garder la main dans ces forums internationaux. Le cas de la France est significatif. Si l’on peut se réjouir de l’attitude assez volontariste du président Sarkozy sur ces questions-là, on peut également critiquer son « cavalier seul ». On l’a vu aussi avec le plan Justice-Climat du ministre Borloo, qui est sorti du chapeau à la dernière minute, qui a pris tout le monde et qui, selon certains observateurs, ne correspond pas à la position que la France défend tant à Bruxelles qu’à Copenhague.

Bref, l’Union européenne n’a pas les moyens, en termes de politique étrangère, pour peser sur ce genre de négociations.

Après l’échec de Copenhague, d’aucuns ont décrété la mort du « modèle onusien », dans lequel chaque Etat à voix au chapitre et se retrouve en mesure de gripper toute la mécanique. Qu’en pensez-vous ?

La crise de la gouvernance mondiale ne me semble pas quelque chose de particulièrement nouveau. Le fait que l’on multiplie les sommets, les « G » – quelque chose, le montre bien et laisse l’ONU sur la touche. Copenhague n’est qu’un énième révélateur de cette situation. Comme je l’ai dit, cette conférence illustre le fait que l’on reste dans un système international dominé par les intérêts nationaux. On l’a très bien vu dans les derniers jours de la conférence : tout le monde s’accrochait à l’arrivée des chefs d’État. Et c’est finalement un groupe restreint de vingt-sept États qui ont négocié la déclaration.

L’ONU n’est pas forcément l’endroit le plus à même de produire des résultats concrets. Cela dit, si d’autres forums semblent mieux bâtis pour cela, ils laissent à la marge tout un groupe de pays qui sont pourtant les plus vulnérables en termes de réchauffement climatique et donc les plus en attente – de transferts de technologies en particulier. Illustration avec le Forum des économies majeures, déjà cité, qui rassemble les pays les plus industrialisés de la planète.…lesquels concentrent 80 % des émissions de gaz à effet de serre.

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