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Barthélémy Courmont


La Chine se soucie-t-elle vraiment du réchauffement climatique?
Barthélémy COURMONT par Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (L’actualité.com, 20 décembre 2009)



Elle a peut-être joué les trouble-fête à Copenhague, mais il semblerait que oui. Si l’on remonte quelques semaines en arrière, on se rappellera que le premier pollueur de la planète s’est présenté comme un modèle de la lutte contre le réchauffement climatique parmi les pays émergents. Et selon Barthélémy Courmont,ce n’est pas un discours creux.

Alors qu’approchait le sommet de Copenhague, on avait l’impression que la Chine était en train de se convertir à la lutte contre le réchauffement climatique. Était-ce juste?

Contrairement aux idées répandues en Occident, la Chine s’est convertie aux efforts de lutte contre le réchauffement climatique il y a quelque temps déjà. Il est vrai qu’à l’occasion du protocole de Kyoto de 1997, la Chine était, au même titre que les autres économies émergentes, exempte d’efforts à fournir. Il n’y avait donc pas d’objectifs chiffrés et contraignants, comme c’était le cas pour les pays développés.

Cela étant, avec le tournant des années 2000 et l’arrivée au pouvoir du tandem Hu Jintao (président) – Wen Jiabao (premier ministre), la Chine a commencé à renforcer ses dispositifs en vue de se préparer à lutter contre le réchauffement climatique.

Des institutions nationales vouées à l’analyse de ce phénomène existent depuis les années 90. Mais plus récemment, le Programme national de la Chine sur le changement climatique du 4 juin 2007 sollicite la coopération internationale pour les projets de transfert de technologies, comprend les lignes directrices pour le soutien aux études et plans corporatistes pour combattre le réchauffement climatique, et entend susciter l’éveil et la conscience publique sur ces changements.

Enfin, le Livre blanc sur le changement climatique d’octobre 2008 marque une évolution nette des priorités des politiques publiques vers l’adaptation à ce phénomène.

La Chine est-t-elle touchée par le réchauffement climatique?

La Chine est le premier pollueur de la planète (depuis 2006), mais elle en paye aussi un prix élevé. En 2008, l’administration météorologique de Chine annonçait que sur le dernier siècle (1908-2007), la température à la surface de la terre en Chine avait augmenté de 1,1 °C. Le plan d’action de la Chine pour combattre le changement climatique (octobre 2008) prévoyait une augmentation de 3,5 °C d’ici la fin du XXIe siècle. On imagine facilement l’augmentation des catastrophes naturelles.

L’année 2008 a d’ailleurs été exemplaire en termes d’événements climatiques spectaculaires (tempêtes de neige, inondations, tremblements de terre…). Que ces évènements soient dus ou non au réchauffement climatique, il reste que celui-ci ne fera que les exacerber. Les régions affectées par la sécheresse s’étendront, alors que déjà 40% de la population vit dans des régions manquant d’eau. Les déserts, qui touchent un quart du pays, continuent à s’étendre à une vitesse qui a doublé depuis les années 1970. La Chine est un des pays au monde les plus touchés par la désertification. Les terres désertifiées progressent de 2000 kilomètres à chaque année. Les implications économiques, tant au niveau local que national, sont évidentes.

Les efforts pour en contrecarrer l’avancée ont connu peu de succès jusqu’à présent. Et dans l’avenir, la désertification pourrait provoquer la fuite de 200 millions de réfugiés, alors que les provinces ne peuvent en absorber que 30 millions, selon les officiels chinois.

La Chine a annoncé vouloir réduire d’ici 2020 ses GES de 40 à 45% par unité de PIB par rapport à 2005. Cela permet également au pays, qui dépend à 70% du charbon pour son énergie, de ne pas sacrifier sa croissance économique, qui reste sa priorité.

La Chine a-t-elle des raisons diplomatiques ou stratégiques de vouloir lutter contre le réchauffement climatique?

En transformant son image de premier pollueur de la planète en modèle dans la lutte contre le réchauffement climatique, la Chine renoue avec la tentation de prendre la tête des puissances émergentes, statut que Pékin continue de revendiquer (dans les années 50, la Chine souhaitait être un modèle pour les pays du tiers-monde, notamment en plaidant en faveur de la décolonisation). En adaptant son développement économique aux nouvelles exigences de la lutte contre le réchauffement climatique, Pékin invite ainsi les pays émergents à suivre son modèle, ce qui est à la fois un acte politique fort et un pari sur les investissements majeurs dans ce domaine, auxquels la Chine pourrait être associée. Avec des retombées économiques à la hauteur des projets. Une stratégie, donc, pour un pays qui étend un peu plus chaque jour son emprise sur l’Asie du Sud-Est, l’Afrique et l’Amérique latine.

L’autre stratégie de Pékin est de mettre Washington en difficulté. En apparaissant comme un modèle dans la lutte contre le réchauffement climatique, la Chine pourrait ainsi non seulement contrer les attaques américaines sur un sujet sur lequel elle s’est montrée jusqu’à présent peu performante, mais surtout renforcer sa crédibilité à l’échelle internationale sur un enjeu global, et sur lequel Washington reste un maillon faible.

Mais plus que les faits, tout est question de perception, et Pékin en a conscience. La Chine soigne son image, et s’est lancée dans une immense opération séduction, en mettant en avant ses capacités de «soft power», en prenant notamment place sur tous les terrains laissés vacants par les États-Unis au cours des dernières années. Affichage de sa culture, investissements massifs dans plusieurs régions, promotion du multilatéralisme et lutte contre le réchauffement climatique procèderaient donc une stratégie visant à se substituer à la puissance américaine à travers le monde.

Se présenter en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique n’est-il pas une hypocrisie dans la mesure où les Chinois exigent beaucoup des pays développés, bénéficient déjà et demandent encore plus d’aide technique et financière de la part des pays riches, mais ne s’imposent pas de limites absolues?

«La Chine est un pays en développement, qui se trouve à un stade-clé d’industrialisation et d’urbanisation», a récemment rappelé Wen Jiabao. La Chine souhaite ainsi se positionner comme un pays en développement, ce qui lui permet de ne pas s’imposer des contraintes aussi fortes que les économies les plus avancées.

D’ailleurs, les dirigeants chinois appuient leurs comparaisons avec les États-Unis sur deux facteurs qui les avantagent: d’une part, le décalage dans la population, qui indique que si la Chine dans son ensemble pollue aujourd’hui légèrement plus que les États-Unis, les Chinois, individuellement, polluent cinq fois moins que les Américains (et les Canadiens ou les Australiens); d’autre part, Pékin rappelle de manière constante que la Chine pollue depuis peu, tandis que les États-Unis et les autres pays occidentaux sont de gros pollueurs depuis la deuxième moitié du XIXe siècle. Les comparaisons se font donc sur une base globale et non annuelle.

La Chine cherche ainsi à ne pas assumer la responsabilité du réchauffement climatique. Cela étant, il serait erroné de considérer que Pékin refuse de s’impliquer dans ce dossier. Les défis sont de taille, et les bénéficies d’une grande implication sont immenses, en particulier au niveau politique. C’est ce qui explique la mise en avant d’un véritable modèle chinois en matière de lutte contre le réchauffement climatique.


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